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Avenirs économiques Réflexions

1 : Forte ou faible croissance

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Les répercussions potentielles des technologies numériques sur le PIB

Deux avenirs économiques mondiaux vraisemblables peuvent émerger selon l’effet des technologies numériques sur les salaires, la consommation, la production, les investissements et le commerce. Un scénario de croissance suit les normes historiques selon les mesures du produit intérieur brut (PIB). Dans un avenir alternatif, avec un scénario de faible croissance, nous profiterons tout de même de la croissance du PIB, mais son rythme ralentira avec le temps. Il se peut qu’un avenir prévale à l’échelle mondiale, mais les répercussions des technologies numériques pourraient être inégales à la longue et selon les régions : certains pays pourraient connaître une croissance et d’autres, entamer une période de ralentissement prolongée.

Technologies numériques


Huit technologies numériques1 sont en train de mûrir et de s’associer pour changer l’économie :

  • L’Internet des objets
  • L’intelligence artificielle (IA)
  • Les robots
  • La téléprésence avancée
  • La réalité virtuelle
  • Les matériaux de pointe
  • Les technologies décentralisées de production
  • Les technologies des chaînes de blocs

Un scénario de croissance

Hypothèses

Ce scénario présume que les technologies numériques entraîneront une hausse de la consommation et du pouvoir d’achat mondiaux, une réduction des coûts de production et une production des biens et services accrue et à distribution plus répandue.

Pouvoir d’achat

Mondialement, les revenus augmentent pour bien des gens alors que les emplois peu spécialisés et peu rémunérés sont de plus en plus automatisés2. Il en résulte une tendance continue de déplacement vers le haut des compétences de la main-d’œuvre et des salaires qui s’y rattachent. Pour ceux qui comptent sur la main-d’œuvre peu spécialisée, le travail se fait plus rare et les salaires continuent de diminuer.

La hausse des plateformes d’attribution des tâches en ligne crée un marché du travail mondial qui mène à une convergence salariale internationale. Les travailleurs à salaires élevés dans les économies avancées, telles que celle du Canada, pourraient de plus en plus faire face à de la concurrence de travailleurs dans des économies émergentes qui peuvent offrir le même service à un coût inférieur puisqu’ils vivent dans des régions où le coût de la vie est moins cher. Cela entraîne une convergence mondiale des salaires pour des tâches similaires. Bien que les travailleurs dans les économies avancées puissent être confrontés à une diminution des salaires, un nombre beaucoup plus important de travailleurs provenant des économies émergentes et moins développées pourraient voir d’importantes augmentations de salaire en accédant aux marchés du travail internationaux grâce aux plateformes numériques. Les pertes salariales dans les économies développées sont plus que compensées par les augmentations ailleurs. Cela entraîne une augmentation nette du pouvoir d’achat mondial, qui crée une demande supplémentaire de biens et services et accroît le PIB mondial.

Consommation

Les technologies numériques réduisent les coûts marginaux de la production pour de nombreux biens et services, parfois de manière considérable. On présume que les marchés concurrentiels permettent ces réductions, sous forme d’économies, à transmettre aux consommateurs par l’entremise de baisses des prix.

L’effet des prix inférieurs variera pour les régions qui ont connu un pouvoir d’achat accru par rapport à celles qui n’ont pas connu ce phénomène. Dans les régions où les salaires ont augmenté, les prix unitaires inférieurs peuvent être compensés par une croissance du volume des ventes, entraînant une augmentation du PIB. À l’inverse, la consommation n’augmentera peut-être pas de manière aussi importante dans les économies qui ont connu des diminutions du pouvoir d’achat en raison de la convergence internationale des salaires. À l’échelon macroéconomique, avec un scénario de croissance, dans des économies où le pouvoir d’achat augmente, les hausses de ventes aux consommateurs et entreprises compenseront la diminution des revenus dans les régions qui pourraient se contracter.

Production

Une demande plus forte en biens et services nécessite une plus grande production, ce qui entraîne une augmentation des dépenses en équipement, installations et main-d’œuvre. Certains emplois dans la production pourraient disparaître en raison de l’automatisation, et certains intermédiaires de la chaîne de valeur pourraient être remplacés par des technologies numériques. Toutefois, dans le scénario de croissance, il y a une augmentation nette de l’emploi. Cela inclut de nouveaux emplois qui soutiennent directement ou indirectement le processus d’automatisation et de numérisation du travail qui était antérieurement effectué par des humains. Les dépenses en immobilisations et en main-d’œuvre augmentent davantage le PIB international.

Investissement

Les technologies numériques réduisent les coûts de production et ouvrent de nouveaux canaux d’investissements. Les nouveaux canaux donnent un accès accru à du capital, y compris pour les petites entreprises en démarrage et les économies émergentes. L’investissement dans des marchés émergents plus vastes, plus jeunes et dont la croissance est plus rapide pourrait également s’accélérer. De plus, les occasions de financement participatif réduisent les obstacles pour les producteurs nouveaux et périphériques, créant un écosystème de plus grande envergure en capitaux d’investissement accessibles. Plus d’occasions de capital de risque créent des produits et services révolutionnaires à potentiel élevé de mise en œuvre. À l’échelon macroéconomique, avec le scénario de croissance, les développements de canaux d’investissements entraînent des évaluations accrues et une pression à la baisse sur les taux d’intérêt.

Commerce

Les innovations dans les technologies numériques engendrent une production locale accrue de biens dans les pays riches comme dans les pays pauvres. Même avec une augmentation de la concurrence dans la production locale, les technologies numériques permettent aux chaînes d’approvisionnement de devenir plus fluides et géographiquement diversifiées. Cela permet l’expansion des marchés mondiaux, particulièrement pour les services et biens non matériels. La hausse de la production intégrée mondialement de services et la relocalisation de la production de biens augmentent la taille des marchés internationaux et locaux.

Un scénario de faible croissance

Hypothèses

Ce scénario présume que les technologies numériques réduisent le pouvoir d’achat mondial en éliminant des emplois, ralentissent les investissements dans la production et mènent, dans l’ensemble, à un recul des bénéfices des sociétés. Ces technologies créent, à la fois, des déséquilibres importants dans le revenu des sociétés et la régulation des marchés.

Pouvoir d’achat

Les technologies numériques, telles que l’automatisation et l’intelligence artificielle (IA), remplacent un bon nombre d’emplois peu, moyennement et hautement spécialisés. L’automatisation et l’IA sont particulières à des tâches et à des compétences, plutôt qu’à des secteurs. Par conséquent, dans le scénario de faible croissance, l’emploi diminue simultanément, ou en succession rapide, dans tous les secteurs comportant des exigences professionnelles semblables. De nombreux travailleurs déplacés sont incapables de transférer leurs compétences à d’autres secteurs et doivent se recycler pour obtenir un nouvel emploi ou accepter de travailler à des niveaux de compétences et de rémunération inférieurs. Le recyclage est coûteux et n’est pas largement disponible à ceux et celles qui en profiteraient le plus.

Le fractionnement continu des emplois en tâches et microtâches banalise le travail restant, notamment pour de nombreux professionnels. Ce phénomène, combiné à l’utilisation accrue de plateformes mondiales d’attribution des tâches en ligne, augmente le nombre de travailleurs qui peuvent soumettre une offre de service pour ces tâches. Dans le scénario de faible croissance, la concurrence accrue fait baisser les salaires à l’échelle mondiale.

L’essor des marchés du travail mondiaux, qui comprend de plus en plus les professionnels, étend la convergence de la rémunération mondiale. La perte de revenus dans les économies développées n’est pas compensée par une augmentation des revenus dans les économies émergentes. Donc, bien que certains secteurs puissent connaître des gains, le pouvoir d’achat mondial diminue.

La transition des emplois à temps plein aux tâches individuelles rompt les relations employeur-employé traditionnelles. L’incertitude qui s’ensuit en ce qui concerne les revenus et les avantages pour les ménages amortit les dépenses et la demande des consommateurs. Dans les économies développées, les professions à salaires élevés qui étaient auparavant protégées de la concurrence mondiale sont particulièrement touchées. Ce phénomène entraîne, à son tour, une diminution de leurs dépenses dans les économies secondaires.

La croissance démographique peut soutenir une légère augmentation du PIB, mais une baisse mondiale des salaires, avec une insécurité financière accrue, réduit les dépenses moyennes des ménages en biens et services, ce qui ralentit la croissance du PIB.

Consommation

Les technologies numériques diminuent, parfois considérablement, les coûts marginaux de la production de nombreux biens et services. Contrairement au scénario de croissance forte, la diminution des salaires et l’insécurité financière nuisent à la demande dans les économies développées et émergentes. Bien qu’il puisse y avoir une certaine croissance des ventes à prix moins élevé, les prix unitaires inférieurs ne sont pas compensés par le volume de ventes accru. Par conséquent, la croissance du PIB ralentit.

Production

Les économies numériques permettent la production de nombreux biens et services à une échelle presque illimitée, rendant les coûts de production marginaux presque nuls. Dans le scénario de faible croissance, la part de la main-d’œuvre dans la production continue de diminuer au fur et à mesure que davantage de biens et services deviennent de nature numérique. Bien que les entreprises achètent peut-être plus d’équipement et d’installations, c’est la technologie plutôt que la main-d’œuvre qui stimule la production de biens numériques. L’investissement est détourné des revenus vers les immobilisations sous forme de technologie et de machinerie. 

Investissement

Dans le scénario de faible croissance, la demande réduite entraîne des marges de profit réduites. Cela peut causer un effet cyclique, où l’investissement est réduit et la croissance est refoulée davantage. Si la baisse de revenus est concentrée géographiquement, la demande réduite qui s’ensuit pourrait rendre la tâche d’attirer des investissements dans cette région plus difficile. Ce qui ferait ralentir encore plus le potentiel de croissance de cette région.

Inversement, les entreprises dominantes peuvent utiliser les investissements pour supprimer la concurrence et réduire les coûts de main-d’œuvre, augmentant ainsi davantage leur emprise sur le marché. Dans cet avenir, plus d’argent est investi dans les fusions et acquisitions que dans le développement de nouveaux produits et services.

Commerce

Alors que davantage de biens et services passent à la prestation sous formes numérique, le besoin commercial de fabriquer des biens physiques diminue4. De nombreuses technologies numériques permettent à la relocalisation et à la localisation de la production des biens physiques d’être plus réalisable. C’est le cas, même si tous les autres aspects du développement des produits peuvent être délocalisés.

Il existe moins de contrats de chaîne d’approvisionnement à long terme, ce qui entraîne des structures commerciales plus volatiles. Les volets de l’emploi et des revenus, particulièrement pour les intermédiaires en transport et distribution, sont réduits et moins prévisibles. Certains pourraient être complètement éliminés. De nombreux aspects de la production numérique estompent les frontières. C’est ce qui les rend difficiles à imposer ou à saisir à l’aide de règles commerciales ou à inclure dans les statistiques commerciales.

Forte et faible croissance?

Les deux scénarios présentés reflètent deux résultats mondiaux d’ensemble. Cependant, l’économie mondiale n’est pas homogène et il y aura des variations dans la nature et l’étendue jusqu’où ces scénarios se réaliseront dans le monde. L’un ou l’autre des scénarios prévaudra probablement aux niveaux régionaux ou des blocs commerciaux, au niveau de l’économie individuelle de chaque pays et au sein des secteurs aux niveaux nationaux.

Bien des facteurs qui influencent quel scénario prévaudra dans un pays peuvent être hors de son contrôle, forçant les nations à être des preneurs plutôt que des décideurs de scénarios. Ce qui peut être géré jusqu’à un certain point, c’est la manière de réagir. Dans les deux scénarios, certains gagnent du terrain et d’autres en perdent, entraînant potentiellement une importante iniquité. La manière dont un pays aborde la redistribution du revenu et de la richesse peut faciliter ou exacerber la transition et grandement influencer les retombées économiques et sociales.

Notes en fin de texte

1 « La prochaine économie numérique », Horizons de politiques Canada, consultée en août 2020, https://horizons.gc.ca/fr/2019/06/20/la-prochaine-economie-numerique/

2 McKinsey Global Institute, McKinsey & Company, How will automation affect jobs, skills, and wages?, article consulté en août 2020, https://www.mckinsey.com/featured-insights/future-of-work/how-will-automation-affect-jobs-skills-and-wages#

3 World Development Report: Digital Dividends, Organisation des Nations Unies, article consulté en août 2020, https://www.un.org/ecosoc/sites/www.un.org.ecosoc/files/files/en/integration/WDR-Key-Messages.pdf

4 « Trends in the Information Technology Sector », article consulté en 2020 https://www.brookings.edu/research/trends-in-the-information-technology-sector/

Policy Horizons | Horizons de politiques

Horizons de politiques Canada, également connu sous le nom de Horizons de politiques, est une organisation au sein de la fonction publique fédérale qui mène des activités de prospectives stratégiques sur des enjeux transectoriels qui informent les fonctionnaires sur les conséquences des politiques publiques possibles au cours des 10 à 15 prochaines années.

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