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Horizons discute: L’avenir du travail

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Horizons discute: L’avenir du travail
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[Kristel Van der Elst]

À partir de ce travail, nous avons cherché à déterminer ce que ces défis signifient vraiment pour les travailleurs. Nous nous sommes focalisés là-dessus et nous avons cerné essentiellement cinq changements déterminants. Nous pensons que le futur monde du travail prendra cinq tournants décisifs auxquels il est important de se préparer.

Le premier est la façon dont on passera du travail à long terme, basé sur le temps, au travail à court terme, transactionnel et basé sur la tâche. Le deuxième changement déterminant touche la façon dont l’intelligence artificielle et l’automatisation feront diminuer le nombre d’emplois et la demande de travailleurs. Le troisième changement déterminant porte sur la façon dont l’intelligence artificielle peut mettre fin à la rareté des travailleurs du savoir et offrir des occasions de croissance sans création d’emplois dans les économies du savoir. Le quatrième changement déterminant concerne la disparition graduelle des intermédiaires humains dans l’économie. Enfin, le cinquième changement déterminant porte sur la façon dont nous séparons l’endroit où nous travaillons et gagnons notre vie de Examinons maintenant plus en détail ces cinq changements déterminants.

Le premier changement déterminant découle du fait que nous avons déjà mentionné : les emplois seront décomposés en tâches. Certaines de ces tâches seront automatisées, mais d’autres seront proposées à l’échelle mondiale sur des plateformes axées sur les tâches.

Il faut souligner que le Canada joue un rôle prépondérant et a une grande influence dans ce domaine, tant en raison du nombre de tâches qui sont proposées sur ces plateformes par des employeurs canadiens que du nombre de tâches qui sont exécutées par des travailleurs canadiens. Nous observons que sur ces plateformes axées sur les tâches, les modèles de rémunération diffèrent. La rémunération n’est plus fondée sur le temps consacré au travail, mais sur la tâche accomplie. Les systèmes de paiement de ces plateformes sont basés sur la tâche.

Il s’agit d’un environnement hautement transactionnel, et un grand nombre de ces plateformes axées sur les tâches ont des systèmes de vérification de la réputation. Ces systèmes permettent de mettre facilement en rapport les personnes qui recherchent un certain talent et celles qui peuvent fournir ce talent. Ils réduisent les coûts transactionnels de recherche du talent approprié, et c’est ce qui les rend intéressants.

Qu’est-ce que cela signifie?

Cela signifie qu’au bout du compte, si cette tendance se maintient, nous observerons un déclin des relations traditionnelles employé-employeur. Nous devons donc repenser nos systèmes d’aide sociale, car ils sont complètement ou en grande partie fondés sur ces relations. L’effet global de ces plateformes sur les salaires est encore incertain, car il s’agit d’une question d’offre et de demande de talents. Ce que nous notons déjà sur bon nombre de ces plateformes, c’est que de très nombreux travailleurs sont payés bien en deçà du salaire minimum en vigueur dans le pays où ils se trouvent. Nous observons également un fort potentiel d’inégalité entre les personnes qui sont en fait des travailleurs à la demande sur ce type de plateformes et celles qui travaillent dans l’économie locale et qui sont encore protégées par la réglementation sur le salaire minimum.

Le deuxième changement déterminant touche la réduction de la demande de travailleurs. Nous avons tendance à présumer que la plupart des emplois, et le nôtre en particulier, sont bien trop complexes pour être automatisés, maintenant ou à l’avenir. Il faut cependant convenir que la plupart de nos emplois peuvent en fait être partiellement automatisés. Pour ce qui est de la fonction publique uniquement, on estime qu’en moyenne, entre 40 et 50 p. 100, selon les sources, des emplois entrent dans la catégorie des emplois partiellement automatisés. Ce sont les tâches automatisables de votre travail qui seront automatisées.

Toutefois, cumulativement, à l’échelle de l’industrie et parmi toutes les fonctions, cela signifie que l’on observera une demande de travailleurs. Précisons que cela pourrait aussi se produire plus tôt que prévu. On a déjà fait allusion à l’émergence de milieux de travail centrés sur des robots. Cela signifie qu’il existe des installations de fabrication mondiales ou des installations de distribution mondiales, par exemple, qui sont entièrement conçues pour fonctionner dans les limites de la technologie. Personne ne travaille dans ces installations de fabrication ou de distribution qui tournent pourtant 24 heures sur 24.

Qu’est-ce que cela signifie?

Le déclin des occasions, des possibilités de travail, pourrait être bien plus rapide que prévu pour les raisons que je viens d’exposer, mais aussi parce que lorsqu’une tâche est automatisée dans un secteur, cette idée judicieuse ou cette excellente solution peut être très facilement reproduite dans d’autres secteurs de l’économie qui comprennent cette même fonction. De très fortes répercussions en chaîne pourraient donc se produire dans l’économie.

Nous pensons que nous pourrions être témoins d’un chômage structurel à l’avenir. En effet, il est très incertain que les gens qui perdent leur emploi pourront se recycler dans un délai raisonnable pour assumer de nouvelles fonctions créées dans la prochaine économie numérique. On estime que si le recyclage professionnel prend plus d’un an, le PIB commence à s’en ressentir. Le recyclage professionnel est donc parfois une solution à trop long terme pour certaines personnes.

Nous percevons également l’émergence de ce que nous appelons l’organisation du travail de type centaure, selon laquelle le travail est accompli par des humains en étroite collaboration avec des machines. Cette collaboration pourrait donner d’excellents résultats et s’avérer très positive en matière d’efficience. Toutefois, du point de vue humain, cela signifie que les tâches qui continueront d’être accomplies par des humains seront les tâches trop complexes et fastidieuses. Les cas particulièrement complexes devront être gérés par des humains, ce qui pourrait évidemment accroître la pression liée au travail humain.

Voici un exemple illustrant comment un très ancien travail de fermier pourrait changer à l’avenir. Le fermier ne conduira plus aucune machine agricole, mais il en commandera peut-être dix simultanément à distance. Il s’agira donc de compétences différentes, de types de travail différents, avec un potentiel bien plus important d’efficience et dont l’exécution pourrait être réalisée à distance.

Le troisième changement déterminant porte sur le travail et l’économie du savoir. Nous nous attendons à ce que l’intelligence artificielle génère une hausse de la quantité et des qualifications des travailleurs du savoir. En effet, auparavant, si nous voulions plus de travailleurs du savoir, nous recrutions plus de personnes. Il faut recruter plus de cerveaux.

On les recrute, on les forme et on leur fait accomplir le travail. Dans le cas de l’intelligence artificielle (IA), par exemple, on utilise un système IA que l’on « entraîne » pour qu’il puisse accomplir le travail. Si l’on a besoin d’une plus grande capacité de travailleurs, il suffit d’augmenter la capacité d’IA à un coût marginal quasi nul. Ainsi, lorsque l’on « entraîne » un véhicule, par exemple une voiture à conduite totalement déléguée à l’IA, disons un taxi, si vous voulez plus de taxis de ce type, il vous suffit de copier la même IA dans les nouveaux véhicules, ce qui crée un fort potentiel de croissance du point de vue des profits, mais certainement pas du point de vue de l’emploi. Il est également important de noter que cela va également toucher les travailleurs très qualifiés.

Maintenant, si nous nous plaçons du point de vue de l’organisation du travail de type centaure, il y a de quoi être optimistes. Nous pressentons également un fort potentiel d’augmentation de la capacité et de la qualité du travail du savoir. Je reviendrai sur cette question en fournissant un exemple. Toutefois, il s’agira principalement de croissance sans création d’emplois, comme nous l’avons déjà dit. Le risque vient du fait que cette croissance est basée sur l’IA et que celle-ci est basée sur les données. Or, les données sont une affaire de stratégie et de portée. Il y a de grandes chances pour que ce type de profits générés par la croissance sans création d’emplois soit engrangé par de « méga-entreprises ».

Nous pénétrerons également dans une ère économique caractérisée par la destruction créative, la naissance de nouveaux modèles et une concurrence acharnée. Dans ce type d’environnement, les organisations considéreront les humains comme des passifs et non comme des actifs. Laissez-moi vous donner un exemple concernant l’organisation du travail de type centaure que nous trouvons intéressant. Le travail humain couplé à l’IA peut, par exemple, permettre de déceler de rares cas de leucémie en dix minutes au lieu de deux semaines. C’est formidable, mais nous percevons aussi certaines des limites de l’IA, qui ne semble pas pouvoir faire la distinction entre un chihuahua et un muffin aux bleuets. Nous avons donc encore besoin des humains pour certaines choses.

Le quatrième changement déterminant porte sur l’affaiblissement, voire la disparition complète du rôle des intermédiaires humains. En raison de toutes les technologies que nous avons déjà mentionnées, un très grand nombre de fonctions intermédiaires humaines pourraient carrément disparaître des chaînes de valeur. De fait, tout travail ou presque visant à faciliter une entente ou une transaction entre deux personnes est à risque.
Imaginez le nombre de fonctions touchées! Certes, un grand nombre d’emplois de bureau disparaîtront, mais le remplacement des humains par la technologie a aussi des côtés positifs. En effet, il fait baisser les coûts, ce qui se traduit par une amélioration de l’efficience et pourrait nous faire pénétrer dans une ère où le sur mesure, les niches, les objets spéciaux peuvent entrer en concurrence avec les produits fabriqués en lots ou en masse, ce qui fera baisser les prix globalement.

Par exemple, vous voyez ici l’image de ce que pourrait être le facteur du futur. Or, Amazon, qui joue un rôle prépondérant dans notre économie, intègre verticalement et plus ou moins horizontalement l’ensemble de la chaîne de la logistique et du transport pour le moment. Rares sont ceux qui sont au courant.

Imaginez le nombre de travailleurs qui exécutent des tâches comme, par exemple, assurer le transfert d’une entreprise de logistique à une autre, lorsque la marchandise arrive par bateau, passe au contrôle douanier, puis est chargée sur un camion, etc. Toutes ces personnes qui travaillent dans la chaîne de la logistique perdront leur emploi en raison de ces types d’optimisation.

Le dernier changement déterminant porte sur le fait que les gens travaillent et gagnent leur vie dans un endroit, et vivent et dépensent leur argent dans un autre. Nous avons déjà souligné à plusieurs reprises que le travail du savoir pouvait être effectué à distance. On peut facilement imaginer la prestation à distance de services médicaux, de traduction ou de planification architecturale, mais de plus en plus de tâches physiques sont aussi exécutées à distance, grâce aux progrès de la téléprésence de pointe, mais aussi à la réalité hybride et à ce type de technologie.

Si l’on considère qu’ils relèvent d’un processus post-cognitif, le travail du savoir et le travail physique peuvent être exécutés à distance. Nous avons déjà noté que nous entrons dans un marché du travail mondial hautement compétitif, et comme Marcus l’a mentionné, c’est formidable pour de nombreuses personnes dans le monde, et bien moins pour les Canadiens pour qui le coût de la vie est élevé.

La scission que nous observons entre l’économie primaire et l’économie secondaire pourrait, au bout du compte, influer sur vos choix de carrière. Par exemple, un barista pourrait être bien mieux payé qu’un travailleur à la demande, puisque le premier évolue dans une économie locale. Nous notons actuellement que certains gouvernements commencent à tenir compte de ces tendances et passent d’une stratégie de développement, qui visait à attirer des entreprises et des emplois, à une stratégie visant à attirer ces travailleurs à distance et les fonds qu’ils dépensent. Cette concurrence que se livrent déjà les gouvernements s’intensifiera vraisemblablement.

Tout cela, comme nous l’avons déjà mentionné, soulèvera un éventail de problèmes liés à la fiscalité, car il sera difficile de déterminer qui fait quoi, qui exécute quel type de travail et si ce travail est déclaré ou non, et si les plateformes favoriseront ou non la déclaration. Il pourrait donc s’avérer difficile de récolter les taxes.

Nous conclurons là-dessus pour le moment. Pour récapituler, nous avons parlé des huit technologies qui pourraient changer considérablement la donne dans l’économie à mesure qu’elles évolueront et se combineront. Et nous avons aussi parlé des conséquences pour les travailleurs, les entreprises et les différents secteurs d’activité, et de ce que tout cela pourrait signifier réellement pour différents travailleurs.

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Horizons de politiques Canada, également connu sous le nom de Horizons, est une organisation au sein de la fonction publique fédérale qui mène des activités de prospectives stratégiques sur des enjeux transectoriels qui informent les fonctionnaires sur les conséquences des politiques publiques possibles au cours des 10 à 15 prochaines années.

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