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Horizons discute : La prochaine économie numérique

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[Eric Ward]

Avant de parler du futur, passons en revue le présent. À l’heure actuelle, on produit des organes de remplacement pour les humains au moyen d’un modèle numérique et de cellules du patient. Facebook a annoncé récemment le lancement d’une sorte de monnaie internationale virtuelle. Aujourd’hui, on utilise de l’équipement de forage automatisé, y compris des foreuses sur camion ainsi qu’un train, pour extraire du minerai de fer à Pilbara, en Australie. Tout cet équipement est entièrement contrôlé, ou plutôt supervisé par les membres d’une équipe restreinte se trouvant à 1 500 kilomètres de là, dans une salle de commande.

La nuit dernière, un dessinateur en architecture formé a produit au Bangladesh des plans pour un client à Ottawa. Ces plans respectent le Code du bâtiment de l’Ontario et sont en voie d’être approuvés par la Ville. Ce travail est réalisé par une main-d’œuvre coûtant trois dollars l’heure.

C’est ainsi que vont les choses aujourd’hui, disons plutôt hier, l’année dernière ou il y a deux ans. Mais comment définir la façon dont ces changements perturbent notre économie?

Nous tenons à souligner en premier lieu que tous ces changements sont, dans une large mesure, enthousiasmants. Nous aimons penser à l’avenir. Toutefois, nous reconnaissons également que les transitions économiques précédentes ont porté un coup très dur à bon nombre de ceux qui les ont vécues, et nous gardons cela à l’esprit dans le cadre de notre travail.

Je vais expliquer brièvement en quoi ces innovations transforment l’économie, la façon dont fonctionne l’économie numérique et ce à quoi pourrait ressembler la prochaine économie numérique. De son côté, mon collègue Marcus va parler des défis et des occasions que présente la prochaine économie numérique, et de ses répercussions sur les politiques.

Si vous deviez ne retenir qu’une seule chose de mon exposé, ce devrait être celle-ci : essentiellement, les technologies numériques nous permettent de dissocier les facteurs de production et offrent de nouveaux moyens de les assembler de nouveau.

Les dissocier et les assembler de nouveau.

Il s’agit d’un processus assez simple, mais dont la mise en œuvre a de lourdes conséquences pour les entreprises, les travailleurs, les secteurs économiques et nos ensembles de politiques. Nous observons pour l’essentiel que ce phénomène se manifeste de différentes façons selon la période, le lieu et l’affectation du travail à des personnes et des machines.

Nous avons donc examiné plusieurs technologies (dont celles que nous abordons ici) et nous nous sommes demandé : qu’advient-il de celles que nous connaissons déjà, comme l’Internet des objets, l’intelligence artificielle (IA), les matériaux de pointe, l’impression 3D? Que se passe-t-il lorsqu’elles cessent d’être la dernière-née qui retient toute notre attention, qu’elles évoluent et se combinent, deviennent presque ennuyeuses et constituent l’infrastructure sous-jacente de la prochaine économie numérique?

Je vais vous expliquer où cette question nous a menés.

Tout d’abord, les matériaux de pointe, comme les piles à couches minces, nous permettent de créer des objets très petits, intelligents et bon marché.
Cela signifie que nous pouvons les déployer dans l’environnement naturel intégré et, au bout du compte, étendre ce que nous connaissons sous le nom d’Internet des objets à pratiquement n’importe quel endroit où se trouvent des objets. Le seul moyen d’assurer le suivi des masses de données que produiront ces objets consiste à « entraîner » l’intelligence artificielle, qui semble en passe de remplacer tous les travailleurs affectés à des tâches algorithmiques ou cognitives, ou du moins de participer à ces tâches. De plus, il s’avère que l’algorithmique est très répandue ou tout au moins que l’on peut l’appliquer de nombreuses façons. Or, l’intelligence artificielle prendra corps dans la robotique. Elle s’étendra au monde physique.

La téléprésence de pointe nous permettra de nous projeter, avec nos compétences et notre expertise, n’importe où dans les mondes physique, virtuel ou mixte, indépendamment des frontières, à condition qu’un accès au réseau soit disponible. De nombreux objets, aussi petits que la poussière électronique communicante, aussi élaborés que les organes humains et aussi gros que des bâtiments, peuvent être imprimés en 3D dans des usines locales multifonctionnelles pouvant être reprogrammées pour produire n’importe quel objet voulu. Certains des matériaux utilisés dans ces nouvelles usines polyvalentes peuvent être produits par la biologie synthétique, essentiellement à partir d’organismes personnalisés créés par des humains. Nous nous pencherons davantage sur l’économie bionumérique dans notre prochaine étude.

Enfin, et plus important encore pour que toutes ces composantes fonctionnent, les technologies de chaînes de blocs nous permettent de créer des actifs numériques uniques et non reproductibles, ce qui permet de les utiliser pour créer des monnaies comme le bitcoin ou celle que Facebook s’apprête à lancer. Cependant, vous pouvez également utiliser ces technologies pour créer des objets numériques qui consignent des renseignements ou qui ont une valeur en soi, comme un contrat, une facture ou une sûreté, et pour en vérifier l’authenticité. Cela permet de réaliser des transactions sécurisées, fiables et à faible coût entre humains et machines qui ne se connaissent pas, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ce système fonctionne.

Dans la prochaine économie numérique, les travaux cognitifs et physiques actuellement organisés sous forme d’emplois seront sans doute divisés en tâches et répartis dans divers réseaux. Vous connaissez les plateformes UpWork et Mechanical Turk. Propulsez-vous dans 15 ans et imaginez que les humains et les machines peuvent se connecter où qu’ils se trouvent pour accomplir des tâches qui seront ensuite regroupées en produits de plus grande taille. La fabrication pourrait être automatisée et nombreux sont ceux qui croient qu’elle pourrait même être rapatriée, puisque l’avantage comparatif créé par la main-d’œuvre bon marché n’est plus aussi évident lorsque la fabrication est largement automatisée.

Ainsi, examinons la question du rapatriement de la production. Des chaînes de valeur pourraient être créées très rapidement à partir d’un bassin de ressources à la demande, mais nous reviendrons là-dessus plus tard. La mise sur pied d’une chaîne de valeur dans le but essentiel de créer quelque chose dans l’économie – soit une marchandise ou un service que les gens veulent consommer ou qui a une valeur économique – ne consiste pas vraiment à concevoir sa propre gamme de produits unique, à coordonner tous les éléments nécessaires et à rassembler les personnes, puis à concevoir votre courroie transporteuse. Il s’agit plutôt d’accéder à une boîte de ressources adaptables que vous connectez numériquement tant que vous en avez besoin, puis que vous remettez dans la boîte afin que d’autres personnes puissent les utiliser pour créer des chaînes de valeur différentes.

Ce qui compte ici, c’est d’accéder à ce bassin de ressources dégroupées. C’est d’une importance cruciale. Toutefois, vous n’avez pas besoin de posséder ces ressources. Le fait d’accéder aux ressources plutôt que de les posséder pourrait s’appliquer avec le temps tant aux entreprises qu’aux consommateurs. Ainsi, au lieu de se concentrer sur la production spécialisée à l’échelle, les entreprises pourraient offrir un vaste éventail de biens et de services à une clientèle qu’elles comprennent très bien parce qu’elles détiennent des données sur elle. Les consommateurs pourraient eux-mêmes accepter l’idée de vivre au sein des écosystèmes fournis par ces « méga-entreprises » ou groupes d’entreprises.

Dans cette économie que nous voyons émerger, les mécanismes de découverte de données et d’établissement de la confiance de base font partie de l’infrastructure sous-jacente. Autrement dit, ils sont fournis à titre d’outils économiques. Ils ne sont plus des propositions commerciales en soi au sein de l’économie. Cela est très important si vous fournissez un service qui s’appuie sur un déséquilibre de l’information, comme un service juridique ou des transactions fiduciaires, comme les établissements bancaires en réalisent pour nous. Plus important encore, il y a de fortes chances que les coûts de production et les prix à la consommation soient considérablement réduits. Nous pourrions observer une chute générale des prix de tous les biens qui peuvent devenir numériques ou des éléments numériques de biens mixtes, pour la bonne raison que le coût marginal de leur production est quasi nul.

Combien vous a coûté la 2031e photo que vous avez prise avec votre téléphone cette année, comparativement à la précédente? Rien.

Et combien a-t-elle coûté au fournisseur? Pratiquement rien.

Dans cette conjoncture, les entreprises pourraient se livrer une concurrence acharnée malgré des marges de profit extrêmement faibles. Cela est dû au fait que de très nombreuses personnes peuvent apprendre facilement à concevoir des chaînes de valeur dans un secteur particulier, accéder à cette boîte et saisir ce dont elles ont besoin. Un grand nombre d’entreprises pourraient réagir à ce changement en n’ayant que quelques employés officiels. Quelques employés officiels, en effet. Certaines de ces entreprises pourraient être constituées de façon à n’exister qu’à court terme en vue de tirer parti d’une occasion particulière. Les entreprises pourraient donc ne pas chercher essentiellement à réunir des ressources, mais plutôt à exploiter des occasions à court terme et à bien connaître une source de demandes.

De plus, selon les lois sur la protection des données et la concurrence, plusieurs « méga-entreprises » pourraient tenter, dans cette économie émergente, de s’emparer de la plupart des données, des rentes et des profits. Nous pouvons imaginer que les travailleurs subiront des pressions considérables à mesure que les machines les supplanteront dans de nombreuses tâches, bien avant qu’elles puissent exécuter tout le travail tel qu’il est actuellement regroupé pour les humains.

La conception centrée sur la machine et l’organisation du travail hybride de type « centaures humains-machines » pourraient accélérer ce remplacement partiel et la redéfinition du rôle des humains dans les chaînes de valeur. La conception centrée sur la machine est en fait le contraire de la conception centrée sur l’humain. Elle vise essentiellement à rebâtir le milieu de travail de sorte que les machines fonctionnent au mieux et que leur travail soit optimisé.

C’est ce que nous commençons à observer.

Les travailleurs pourraient se retrouver dans un bassin mondial de talents en réseau qui se livrent concurrence. J’ai parlé de l’architecte bangladais qui offre des services à un prix extrêmement bas par rapport à ce qui peut être réalisé à un salaire suffisant ici. Tout cela est excellent pour l’Inde et pour le Bangladesh, mais cette période de convergence des salaires entre régions pourrait s’avérer difficile pour de nombreuses personnes qui offrent leurs services au Canada.

À notre avis, le secteur des services ressentira les premiers effets de la transition à la prochaine économie numérique, et il semble que la robotique sera bientôt prête à fournir des services, non seulement en ligne mais dans les foyers, dans les centres de services et dans la rue.

Comme je l’ai déjà mentionné, dans le secteur de la fabrication, les usines réparties à grande échelle pourraient imprimer en 3D ou fabriquer une vaste gamme de marchandises à partir d’une matière plastique biologique minérale et de matières premières synthétiques standard. Et si ces marchandises sont dotées d’un élément numérique, à l’instar du plus récent modèle de Tesla ou d’un téléphone cellulaire, une mise à jour logicielle permet d’ajouter de nouvelles fonctions et une nouvelle valeur sans qu’il soit nécessaire de fabriquer un nouvel objet.

Dans le secteur des ressources naturelles, par exemple, nous percevons déjà des signes d’automatisation et de commande à distance, notamment dans des projets du secteur minier, forestier et du pétrole et du gaz. Auparavant, les villes axées sur les ressources primaires subissaient des pertes d’emplois lorsque la ressource était épuisée ou devenait peu rentable. À l’avenir, nous pourrions observer une extraction des ressources continue et extensive sans emplois locaux, ce qui est le cas de Pilbara. Je ne sais pas s’il y avait même une collectivité à proximité de la mine de Pilbara. Je l’ignore. Mais s’il y en avait une, ce n’est pas là que se trouvaient les emplois, lesquels se trouvaient bien plus loin, sur la côte, à 1 500 kilomètres.

La biologie synthétique pourrait aussi constituer un autre perturbateur dans le secteur des ressources naturelles, car nous pourrions voir apparaître au fil du temps d’autres façons de créer des produits comme des fibres végétales, des engrais, des produits pharmaceutiques, des protéines, des viandes, des matériaux de construction et des huiles, sans avoir nécessairement à faire de récolte.

Si l’on revient un peu en arrière, on observe que les transitions économiques précédentes, comme la révolution industrielle, ont non seulement engendré de nouvelles façons de penser, mais aussi perturbé les modes de vie. Elles ont fait naître de nouvelles idéologies. Elles ont renversé de puissantes institutions et transformé les écosystèmes bâtis et naturels.
Elles ont aussi remis en cause la perception et les rôles des gouvernements au sein de cette nouvelle économie. Cela pourrait bien arriver de nouveau.

Ainsi, pour entreprendre l’étude de certaines des répercussions de la prochaine économie numérique sur les politiques, nous avons fait appel à Marcus Ballinger.

[Marcus Ballinger]

Il semble logique d’effectuer des investissements visant à nous permettre de demeurer à la pointe des technologies qu’Eric a décrites plus tôt. Il est difficile de prévoir quels seront les emplois qui en résulteront dans 10 à 15 ans. Si l’on se reporte 10 ou 15 ans en arrière, on constate que de nombreux emplois actuels n’existaient pas à cette époque et à notre avis, cela pourrait se produire de nouveau. Nous nous attendons à ce que ces technologies créent un vaste éventail d’emplois, mais nous ignorons de quel type d’emplois il s’agira. Toutefois, si nous sommes à l’affût, nous pourrons en percevoir les premiers signes et peut-être bénéficier d’une adaptation précoce au niveau des emplois, mais également en ce qui a trait aux technologies.

Au Canada, nous aurons besoin d’une bonne infrastructure numérique. Cela ne fait aucun doute pour moi. Cependant, nous ne devrions pas présumer que le fait de construire cette structure créera automatiquement des emplois ici, au Canada. Comme Eric l’a mentionné, le travail à la demande fondé sur des plateformes et la téléprésence de pointe signifie que vous pouvez obtenir le talent dont vous avez besoin n’importe où dans le monde. Toutefois, cela fonctionne dans les deux sens.

Vous pouvez aussi fournir au monde des talents à partir du Canada. Cela dit, peut-être devrions-nous trouver des moyens de faire venir ici des personnes qualifiées, et pas nécessairement parce qu’elles gagneraient de l’argent ici ou y auraient un emploi, mais parce qu’elles dépenseraient leur argent ici. Or, les dépensiers appuient votre économie secondaire. Le secteur secondaire offre de nombreux emplois, et possiblement de bons emplois à des personnes qui ont moins de compétences ou de capacités.

Les gens ont déjà de bonnes raisons de vouloir s’installer ici, mais peut-être en séduirions-nous davantage si nous investissions dans les infrastructures physiques et le capital social qui rendent le Canada très attirant et agréable à vivre, indépendamment de l’endroit où l’on travaille. Il s’agit d’une stratégie qui vise non pas à créer des emplois sur place, mais plutôt à attirer des gens.

Compétences professionnelles : plusieurs scénarios possibles nous montrent un chômage structurel persistant et une reprise économique dite sans emploi. Les emplois qui disparaissent durant un ralentissement économique pourraient ne pas revenir lorsque l’économie reprend, car entretemps, les technologies numériques se sont emparées du travail. Les ralentissements économiques accélèrent souvent l’adoption de technologies visant précisément à réduire les coûts de la main-d’œuvre.

Donc, y a-t-il des compétences difficiles à remplacer? Oui! Mais ce sont des compétences non techniques, comme l’empathie, le discernement, la créativité. Ce sont en fait des attributs personnels. Nous les possédons naturellement ou nous les acquérons au fil de nombreuses années de socialisation. Vous ne pouvez pas les acquérir à la suite d’un cours en ligne de deux semaines au collège communautaire local.

Là où il y a du travail, le passage à un marché mondial du travail signifie que les Canadiens livrent concurrence à tous ceux qui, de par le monde, possèdent les mêmes compétences. Il s’agit souvent de personnes vivant dans des endroits où le coût de la vie est considérablement plus bas qu’au Canada, ce qui signifie qu’elles pourront continuellement proposer des prix moins élevés que les vôtres, au point où vous ne pourrez plus vous permettre d’accepter le travail. Il ne faut pas oublier que dans nos programmes de remise à l’échelle et de recyclage professionnel, nous pourrions former des Canadiens pour leur permettre d’occuper des emplois techniquement disponibles, mais qui ne leur fourniraient pas un salaire suffisant dans un contexte de concurrence mondiale.

À propos du commerce : une grande partie de la valeur qui franchit les frontières sera numérique et transmise entre homologues. Cela pourrait rendre très difficile l’imposition de contingents tarifaires traditionnels ou de barrières non tarifaires. Nous pourrions voir émerger un libre-échange global de fait, du moins concernant les marchandises numériques.

Peut-être aussi cela se passera-t-il différemment si les acteurs qui se livrent concurrence créent volontairement des normes incompatibles. Dans un tel cas, vous serez enfermé dans leur bloc de commerce numérique ou en serez exclu. Pensez à la différence entre iOS et Android, en la transposant au niveau du commerce international.

À propos des programmes d’aide sociale : nous devons être conscients que la relation employeur-employé traditionnelle ne sera peut-être plus la norme dans la prochaine économie numérique. Nous devons bien réfléchir.
Les contrats ponctuels offerts sur une plateforme mondiale axée sur les tâches ne fournissent pas d’avantages sociaux à l’employé, et le gouvernement ne reçoit aucune cotisation de l’employeur pour financer ses programmes. Nous pensons également que l’inégalité des revenus pourrait s’accroître. Nous avons évoqué une baisse des prix qui sera la bienvenue : tout le monde en bénéficiera, mais certaines personnes plus que d’autres. Si vous faites partie de ceux dont le travail n’a pas été numérisé et qui demeure bien rémunéré, même si votre salaire stagne, vous êtes de plus en plus avantagé comparativement aux personnes dont les salaires continuent de diminuer. Vous vous trouvez à ce niveau alors que tous les prix baissent. Votre pouvoir d’achat continue d’augmenter.

Cette inégalité pourrait en amener certains à réclamer une redistribution des revenus, des emplois réels, des heures de travail ou des actifs, particulièrement ceux qui ont subi une perte de revenus non compensée par ce fléchissement des prix. Dans ce contexte, il ne serait pas surprenant d’observer une exacerbation des tensions intergénérationnelles.

Nous devons également être conscients du fait que le travail est plus qu’un moyen de gagner de l’argent. Si les gens perdent leur travail ou si la nature du travail change considérablement, comment les gens remplaceront-ils les éléments non pécuniaires liés à une relation employeur-employé traditionnelle ou à un travail dans un bureau comme celui-ci?

À propos de la réglementation : cette question pourrait engendrer des difficultés. Voici un exemple : des gens importent des fichiers numériques et des objets imprimés en 3D localement, à partir de matériaux qui ne sont pas conformes aux normes environnementales de sécurité ou de santé des consommateurs que vous avez imposées. Que faire? Comment imposer cette réglementation à un niveau micro-local dans les foyers?

L’application de normes du travail pourrait également s’avérer très difficile. Dans un marché mondial qui paie à la tâche sur une plateforme plutôt qu’à un taux horaire, comment appliquez-vous un salaire minimum? Le travail est à la tâche, pas à l’heure. Comment appliquez-vous la durée maximale du travail ou l’âge actif minimum? Comment savoir si la personne que j’embauche sur la plateforme n’est pas un enfant de 12 ans?

À propos de la protection de la propriété intellectuelle : le coût de l’entrée en production numérique est assez bas. Il suffit essentiellement d’avoir accès à des ordinateurs, à Internet et à une imprimante 3D. Il est donc très facile de concevoir des offres identiques en utilisant des passerelles parallèles, mais distinctes.

Pensez par exemple à Uber et à Lyft. Ils fournissent des services de covoiturage identiques, mais leur propriété intellectuelle et leurs actifs numériques sont complètement différents. La protection de la vie privée et l’utilisation des données constituent un problème dont la complexité, à notre avis, ne fera que croître.

Du point de vue environnemental : cette décentralisation et cette désagrégation pourraient rendre difficile l’application des lois, parce qu’il pourrait y avoir un plus grand nombre de petites organisations familiales dispersées. Ces organisations familiales peuvent être à la fine pointe de la technologie, mais il est bien plus difficile de réglementer une assise manufacturière dispersée qu’une assise manufacturière très concentrée.

Voici toutefois certains des avantages cernés. La production locale réduit les impacts du transport, y compris ceux liés aux émissions de carbone. Une économie numérique fonctionne à l’électricité plutôt qu’au pétrole. Cela présente donc des avantages et des inconvénients pour le Canada. Nous sommes un pays pétrolifère, mais qui dispose également d’une énorme quantité d’électricité non émettrice. Il y a donc des avantages et des inconvénients.

Il y a aussi la question de la dématérialisation et de la capacité d’adaptation dont Eric parlait tout à l’heure. Les appareils peuvent prendre en charge de nombreuses fonctions sans changer leur forme physique, simplement en modifiant le logiciel. Les téléphones intelligents en sont un parfait exemple. Ils remplacent beaucoup de choses qui auraient eu une forme physique distincte il y a à peine dix ans. Cette capacité d’adaptation touche maintenant des objets que vous avez chez vous, comme les appareils ménagers et les appareils intelligents, et même les véhicules. Vous pouvez les mettre à niveau en téléchargeant un logiciel amélioré. Les gens pourraient donc posséder moins de choses et les conserver plus longtemps en continuant à leur ajouter des fonctions sans avoir à acheter de nouveaux produits.

Le rôle de certaines technologies, comme les chaînes de blocs, serait très important dans ce contexte. Les chaînes de blocs vous permettent de cerner l’origine et la durabilité environnementale des matières premières et des produits tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Vous savez donc quand le produit a été acheté, vous connaissez toute son histoire du point de vue économique, et vous pouvez ainsi faire vos choix en vous basant sur ces données, ce qui était impossible jusqu’ici.

À propos de la fiscalité : elle pourrait constituer un réel problème. Les organismes comme l’OCDE qui étudient cette question reconnaissent qu’elle va s’avérer problématique. La difficulté provient du fait que lorsqu’une activité économique est réalisée à l’échelle mondiale et qu’elle est numérique, il est très difficile de déterminer quand la valeur a été créée et si elle a été créée dans votre territoire de compétence fiscale. Même si vous parvenez à le déterminer, des problèmes subsistent, notamment en raison de ce que l’on appelle la « convergence des salaires ».

Nous avons vu que nous pourrions observer une baisse des impôts sur le revenu en raison de la baisse des salaires. Nous pourrions également observer une baisse de l’impôt sur les sociétés – parce que les profits seront affaiblis par la concurrence – ainsi qu’une baisse de la taxe sur la valeur ajoutée découlant de la dématérialisation et de la baisse des prix.

Quand vous achèterez quelque chose, la TPS ou la TVH associées seront donc moins élevées. Tout cela peut créer les conditions idéales pour mener à un désastre : les recettes fiscales chutent alors que les pressions sur le cadre financier augmentent, de plus en plus de personnes, voire d’entreprises ayant besoin de l’aide du gouvernement durant la transition vers la prochaine économie numérique.

Le dernier point de cette diapositive souligne le fait qu’il pourrait être plus difficile pour les gouvernements d’enregistrer un déficit en période de ralentissement économique, étant donné l’incertitude quant à la capacité de rembourser la dette. Les mesures traditionnelles comme le PIB pourraient s’avérer moins utiles aux fins de la prise de décisions. Nous pourrions observer, par exemple, que le bien-être du consommateur augmente considérablement à de nombreux égards parce que les prix diminuent. Si les prix diminuent, le PIB diminue également. Nous devrions être attentifs au fait que parfois, nous consentons des investissements qui visent précisément à augmenter le PIB, mais qui peuvent en réalité, dans un même temps, diminuer le bien-être.

Nous avons parlé de l’éventualité d’une inégalité importante au sein de l’économie. Cette numérisation de l’économie ne surviendra pas du jour au lendemain. Elle va se déployer dans différents secteurs à différents moments et dans une mesure différente. Nous l’avons déjà vue pulvériser le secteur de la photographie. Ce fut ensuite le tour du secteur de la musique. C’est maintenant celui de la presse écrite. Le prochain secteur touché sera sûrement le secteur juridique et financier.

Toutefois, certains secteurs seront perturbés plus tôt ou plus tard que d’autres et dans une mesure différente. Cela signifie qu’une mesure globale de l’économie comme le PIB pourrait ne pas avoir la granularité requise pour entraîner des interventions stratégiques ou des décisions d’investissement appropriées. Les baisses de prix dont nous parlions, malgré leurs bons côtés, pourraient, si elles s’accumulent, nous mettre en situation de déflation. La plupart des mécanismes que nous avons en place visent à contrôler l’inflation, et nous ne savons pas précisément dans quelle mesure nous serions bien préparés dans un environnement déflationniste, notamment si celui-ci devait persister longtemps.

Pour la dernière diapositive, je souhaite vous rappeler que la numérisation ne s’étend pas au monde entier ni même à l’ensemble de l’économie; je ne peux pas manger une pizza numérique et je ne peux pas me mettre à l’abri de la pluie dans un service créé par la réalité virtuelle. Les matériaux du monde réel et le travail non numérique conservent donc une valeur réelle. Horizons de politiques Canada se penchera sur les domaines qui maintiendront leur valeur malgré la numérisation, et nous vous tiendrons au courant de nos progrès, possiblement au mois de janvier prochain.

Je tiens également à parler des hypothèses de base qui sous-tendent nos modèles économiques. Nous présumons toujours qu’il existe une rareté et que nous devons livrer concurrence pour réussir. Pensez à toutes les fois où vous avez entendu dire dans votre service : « nous bâtirons un… [complétez la phrase] solide et compétitif ».

Mais qu’advient-il si la capacité de créer des unités supplémentaires de biens et de services numériques à un coût quasi nul signifie que nous passons de la rareté à l’abondance ou tout au moins à un niveau de suffisance? Cela pourrait mener à une diminution des situations gagnant-perdant lorsque nous traiterons entre nous et avec d’autres pays, notamment si la coopération entre les pays profite davantage aux citoyens des deux pays que ne le ferait la concurrence. Cette approche pourrait devenir plus courante, surtout si la numérisation continue de brouiller les frontières géographiques ainsi que la conception que nous avons de la nationalité et de la citoyenneté.

Horizons
Horizons

Horizons de politiques Canada, également connu sous le nom de Horizons, est une organisation au sein de la fonction publique fédérale qui mène des activités de prospectives stratégiques sur des enjeux transectoriels qui informent les fonctionnaires sur les conséquences des politiques publiques possibles au cours des 10 à 15 prochaines années.

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