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L’avenir des données probantes, de l’expertise et des groupes de réflexion – regard prospectif sur la prise de décisions « fondées sur des données probantes »

Kristel Van der Elst
Image of Kristel Van der Elst at a conference used as header for The future of evidence, expertise and think tanks – a foresight perspective on ‘evidence-based’ decision making blog post
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Notre chef exécutive, Kristel Van der Elst, est à la Conférence annuelle ESPAS 2018 à Bruxelles cette semaine, où elle a discuté de la crise de crédibilité actuelle causée par des problèmes tels que les fausses nouvelles et le manque de transparence, et les implications pour des politiques « fondées sur des preuves ».

La conférence ESPAS réunit des praticiens et des stratèges de la prospective mondiale afin d’explorer et de partager leurs connaissances sur les tendances sociales, économiques, technologiques et géopolitiques qui façonnent l’avenir de l’Europe et du monde. Certains de ces experts, dont notre chef exécutive, ont partagé leurs perspectives dans la publication de l’ESPAS « Shaping the Future in a Fast-changing World: Future of Democracy and Governance ».

Voici l’article de Kristel :

La crise de crédibilité qui sévit à l’heure actuelle est alimentée par une série d’événements et de révélations qui ont mis en lumière de fausses nouvelles, des pratiques opaques de la part de groupes de réflexion, des travaux de recherche non reproductibles, des questions concernant les conflits d’intérêts de certaines institutions, le manque de transparence et d’indépendance intellectuelle, ainsi que la protection des intérêts des bailleurs de fonds – les entreprises et les gouvernements étrangers donateurs, pour ne citer que ceux-là. Si la tendance persiste, la crédibilité deviendra un défi de taille pour les experts, les groupes de réflexion et quiconque cherche à convaincre au moyen de données probantes. Parallèlement, on réclame des politiques fondées sur des données probantes.

Ces révélations pourraient entraîner la prise de mesures visant à favoriser une transparence accrue en ce qui a trait aux sources des idées et aux influences sur celles-ci. Malgré cela, l’avenir des données probantes, de l’expertise et des politiques « fondées sur des données probantes » est voué à devenir de plus en plus complexe.

On observe un accroissement du pluralisme dans nos sociétés. C’est pourquoi il est essentiel de reconnaître que même si les conseils peuvent être éclairés par la recherche, ils sont souvent guidés par les valeurs. À mesure que s’affaiblit le dialogue entre les sociétés et au sein de celles-ci et que l’ensemble des valeurs ou des règles de gouvernance fondamentales s’érode, nous pouvons nous attendre à ce que les conseils deviennent plus diversifiés et manquent d’impartialité. Il convient de souligner à l’échelle internationale l’objectif stratégique de la Chine de créer « un nouveau type de groupes de réflexion aux caractéristiques chinoises » pour améliorer la prise de décisions, moderniser la gouvernance de l’État et renforcer le pouvoir discret de sa nation.

Nous vivons dans un monde où l’ambiguïté de l’interprétation s’accentue. Des travaux de recherche ont démontré que la crédibilité des conseils qui est accordée par le destinataire des conseils découle souvent d’un processus heuristique plutôt que de l’analyse de l’argument logique. En d’autres termes, nous prenons souvent des raccourcis pour compenser notre manque de compétence sur un sujet ou notre manque de temps pour bien le comprendre. Dans un monde où les enjeux et les contextes sont de plus en plus interconnectés, en évolution rapide, désordonnés, complexes et inconnus, nous pouvons nous attendre à une diminution du recours au processus décisionnel fondé sur la recherche traditionnelle.

Nous vivons également dans un monde de nouveauté, de choses que nous n’avons jamais vues et nous ne savons pas comment elles évolueront. Dans un monde où les choses sont inconnues et incertaines, la capacité de posséder de solides compétences en interprétation l’emporte sur des connaissances exactes.

Les politiques requièrent, de par leur nature, un exercice prospectif visant à façonner un avenir que nous trouvons souhaitable. Il est essentiel d’appliquer la prospective – l’évaluation de ce qui pourrait se produire ou être nécessaire à l’avenir – pour rendre nos stratégies et nos décisions plus solides et résilientes à la lumière de l’incertitude, pour éviter d’être aveuglés par le changement, pour bâtir un avenir commun auquel nous aspirons et pour influencer les autres en mobilisant leurs craintes et leurs espoirs.

Comme tout autre outil puissant, il est facile d’utiliser la prospective et l’avenir – qui ne reposent sur aucune donnée, seulement sur des hypothèses, attentes, possibilités et préférences – et d’en abuser.   

Nous sommes confrontés à une diversité de discours et de travaux de recherches sur l’avenir – en ce qui a trait aux politiques fondées sur des données probantes et à l’évolution de l’opinion publique. Il pourrait être utile que chacun d’entre nous se demande de façon systématique : quelle vue de l’avenir nous influence, et qu’est-ce qui nous pousse à y croire (en revenant aux trois registres de la persuasion d’Aristote – logique, émotion et crédibilité ou autorité de la source)? Nous devons remettre en question nos hypothèses, être disposés à apprendre de la comparaison et de la mise en contraste des perspectives pour l’avenir, et parfaire nos compétences en pensée critique. Ce n’est qu’à ce moment que la diversité de la réflexion alimentera une meilleure prise de décision.

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