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L’avenir de l’Asie Rapports Travail complete

MetaScan 4 – L’avenir de l’Asie : implications pour le Canada

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Défis et possibilités stratégiques pour le Canada

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Changement économique radical
Préparation en vue de l’arrivée massive de travailleurs virtuels
Se préparer à l’essor des échanges numériques
Anticiper une perte d’efficacité des instruments stratégiques traditionnels
Anticiper le déclin de la demande en pétrole
Préparation en vue de la transition (future) vers une économie faible en carbone
Préparation en vue de la montée des institutions asiatiques
Refonte des politiques sur la sécurité en fonction de la nouvelle génération de menaces
Nouvelles approches stratégiques concernant les états fragiles et en déroute
Adaptation à l’autoritarisme flexible
S’inspirer des nouveaux modèles stratégiques de l’Asie et les adapter
Acceptation du nouveau sentiment de confiance de l’asie et de son influence croissante
Notes

Par défi ou opportunité stratégique, on entend toute question qu’il n’est pas possible d’aborder dans le cadre des politiques et des institutions actuelles. L’inventaire, l’analyse, la discussion et la clarification des défis et des opportunités aident à élaborer des politiques et des stratégies solides. Les changements rapides que pourrait connaître l’Asie dans les 10 à 15 prochaines années poseront toutes sortes de défis au Canada, mais lui offriront également tout un éventail d’opportunités. La section qui suit met en lumière des opportunités et des défis qui pourraient s’avérer aussi inattendus que surprenants.

Changement économique radical

L’adoption rapide de nouveaux modèles commerciaux et de technologies numériques pourrait accélérer la transition vers l’économie numérique en Asie et provoquer de longues périodes de dérèglement économique et social au Canada. De récentes élaborations technologiques jumelées aux investissements de l’Asie dans l’infrastructure numérique moderne, rapide, intelligente et à bon marché, signifient qu’une part importante de la population asiatique est sur le point de jouer un rôle dans l’économie numérique internationale. Cela mènera probablement à un accroissement du rythme d’adoption et du caractère novateur des nouveaux éléments de l’économie numérique tels la désagrégation des emplois, le travail virtuel et l’économie collaborative. Associés à l’évolution rapide de l’automatisation et de l’impression 3D, ces changements sont susceptibles de provoquer des perturbations d’envergure mondiale au chapitre des prix, des emplois et des modèles commerciaux. Ces changements seront d’autant plus complexes qu’ils risquent de se produire très rapidement, sur un horizon de 10 à 15 ans, et de s’amplifier mutuellement (par exemple, le recul des salaires et des emplois pourrait diriger les consommateurs et les entreprises vers des biens et des services encore plus économiques – se reporter à la figure 10). Dans une perspective économique, la productivité en hausse et la chute des prix devraient être nettement avantageuses pour la société à long terme, lorsque les modèles commerciaux et les travailleurs se seront adaptés à la nouvelle réalité. Entre-temps, la route pourrait être longue et truffée de périodes récessionnistes marquées par la distribution inégale des avantages. Cela pourrait affecter les politiques du Canada en matière de développement économique, de commerce, de fiscalité et d’organisation sociale.

Figure 10: Défis économiques- cycle deflationniste potentiel et reactions

Défis économiques- cycle deflationniste potentiel et reactions

Cette figure s’intitule «Défis économiques- cycle deflationniste potentiel et reactions».

Préparation en vue de l’arrivée massive de travailleurs virtuels

La multiplication des plateformes virtuelles mondiales d’impartition du travail pourrait pousser le marché canadien du travail vers le bas. Dans le monde du travail, les plateformes virtuelles gagnent en importance comme sources d’emplois et de travail. Les avantages sont multiples, notamment la possibilité pour les Canadiens d’avoir accès à des horaires plus souples de travail et des occasions d’entrepreneuriat. De leur côté, les entreprises, particulièrement les petites et moyennes, y trouvent des moyens d’augmenter leur productivité et d’accéder à de nouveaux marchés117. Cependant, le travail virtuel place les Canadiens en concurrence plus directe avec des travailleurs étrangers aussi qualifiés qu’eux, qui sont nombreux à vivre dans des régions où les salaires et les coûts sont moins élevés et qui sont donc disposés à exécuter un travail de qualité égale contre une rémunération bien moindre. Qui plus est, les plateformes de travail virtuel offrent rarement les garanties usuelles en matière de sécurité sociale ou de santé et de sécurité, ni de protections claires au chapitre de la propriété intellectuelle118. Dans ce contexte, l’arrivée potentielle de centaines de millions de travailleurs virtuels asiatiques reliés numériquement, qualifiés, motivés et généralement moins payés risque d’exercer une pression à la baisse sur les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail dans les pays à salaires plus élevés comme le Canada. Grâce aux améliorations dans les domaines de la téléprésence, de la traduction automatique et des robots télécommandés, la concurrence des travailleurs virtuels pourrait se répercuter sur des emplois auparavant protégés, tant dans les secteurs virtuels que matériels. Enfin, cette concurrence accrue se manifestera probablement en même temps que l’automatisation d’un nombre croissant d’emplois en raison de l’évolution de la robotique, de l’intelligence artificielle et d’autres technologies axées sur l’économie de main-d’oeuvre (voir l’encadré ci-dessus). La croissance du travail virtuel et la pression accrue exercée par la main-d’oeuvre à faible coût pourraient exiger une refonte importante des politiques sociales et du travail, et freiner la demande d’immigration. Pour empêcher le nivellement vers le bas, une concertation internationale sur les questions de perception d’impôts et de garanties sociales, de permis de travail et de titres et compétences pourrait s’avérer nécessaire. Les plateformes virtuelles pourraient devenir d’importants partenaires dans la réglementation de leurs marchés numériques. De nouvelles approches de financement public en matière d’éducation et d’entrepreneuriat pourraient être nécessaires pour favoriser la réussite des Canadiens dans une économie numérique mondialisée et compétitive.

Vidéos à l’appui

Se préparer à l’essor des échanges numériques

Dans un contexte où l’Asie et le monde se tournent vers les échanges numériques, il faut s’interroger sur l’efficacité et la pertinence de l’approche traditionnelle des politiques commerciales. Un nouveau monde d’échange de biens et de services numériques émerge et connaît une croissance fulgurante. McKinsey estime que le volume des échanges transfrontaliers en ligne pourrait augmenter de huit fois d’ici 2025,119, l’Asie étant en tête de peloton120. Nous commençons tout juste à entrevoir les répercussions que pourrait avoir la numérisation du commerce. Pour les grandes entreprises, la numérisation des échanges est porteuse d’efficacité, et elle leur permet d’abaisser les coûts d’exploitation tout en optimisant les stratégies fiscales. Elle constitue toutefois une véritable révolution pour les entrepreneurs individuels et les petites et moyennes entreprises, qui ont désormais accès à des marchés mondiaux gigantesques. « Les plateformes Web donnent de formidables moyens aux micromultinationales pour trouver des clients, des fournisseurs, du financement et des talents partout dans le monde, et cela à moindre coût. Les plateformes numériques peuvent réduire les coûts d’exportation de 83 % par rapport aux canaux traditionnels121 ». Le commerce électronique des biens et des services s’accroîtra et évoluera probablement de concert avec les avancées en matière d’intelligence artificielle, d’analyse des données, de capteurs et de l’Internet des objets (IdO), et il faut s’attendre à ce que les services numériques internationaux soient omniprésents dans nos vies et nos maisons. Bref, le monde entre dans une nouvelle ère de possibilités et d’intense compétition. Le défi, pour les gouvernements, consiste à surveiller, à réguler et à faire respecter des normes et des règlements au sein de la chaîne de valeur numérique émergente dans des domaines tels que la finance, la main-d’oeuvre, la santé et la sécurité. Les mécanismes traditionnels de protection des échanges et les accords de libéralisation pourraient perdre de leur pertinence dans un univers où une partie croissante des échanges mondiaux échappe à la surveillance et au contrôle des États. Les contrôles en matière d’investissement, les incitatifs fiscaux, la réglementation et les protections antitrust et de la vie privée pourraient aussi être touchés. Il est tout à fait possible que la libéralisation de l’économie numérique soit déjà amorcée. Le Canada a réussi à construire des ports et à éliminer des tarifs afin de prospérer dans l’ancien modèle commercial, mais il doit maintenant songer à se préparer à la nouvelle ère du commerce numérique122.

Anticiper une perte d’efficacité des instruments stratégiques traditionnels

En entrant dans l’ère numérique, nous pénétrons dans un monde où les frontières physiques s’estompent et où le concept même d’État-nation perd de son emprise. Les frontières nationales et les politiques associées en matière d’économie, de fiscalité, de santé, de sécurité et de travail seront difficiles à faire respecter au moyen des instruments traditionnels dans une nouvelle économie numérique qui facilite le recours à des « solutions de rechange ». Pensons seulement à la difficulté de faire appliquer une politique sur le salaire minimum. Les plateformes de travail numériques permettent aux travailleurs et aux entreprises de travailler où qu’ils se trouvent. Si des travailleurs de plusieurs pays collaborent à un projet virtuel, quelles seront les règles applicables? Quel sera le mécanisme d’application retenu? Une collaboration internationale sera nécessaire pour régler ce genre de dilemme, de même que de nouveaux partenariats entre les sociétés internationales, les organismes sans but lucratif et les sociétés civiles. Les gouvernements pourraient notamment adopter des normes conjointes et en confier la surveillance et l’application à d’autres intervenants. Les plateformes de travail virtuel pourraient appliquer des normes de rémunération internationales, assorties de seuils de salaires minimaux pour certaines tâches, coordonner des formations en ligne, administrer des programmes d’assurance santé et sociale, et percevoir des impôts. Le suivi de la performance environnementale et la lutte contre la cybercriminalité constituent des défis supplémentaires qui dépassent de plus en plus la capacité des instruments traditionnels des États-nations. Sans égard au domaine, les décideurs doivent s’interroger sur l’efficacité de leurs instruments et de leurs politiques dans une économie numérique mondiale.

Anticiper le déclin de la demande en pétrole

La demande en produits pétroliers moins forte que prévu en Asie risque d’affaiblir de manière inattendue les marchés mondiaux du pétrole brut123. Les producteurs de pétrole à faible coût peuvent décider de ne pas réduire leur offre et ainsi maintenir le prix du baril de pétrole à un bas niveau afin de conserver leurs parts dans un marché en décroissance et à optimiser l’exploitation de leurs réserves avant que le pétrole perde son monopole comme source énergétique dans le domaine des transports. Le Canada produit du pétrole à un coût relativement élevé et il pourrait avoir du mal à rivaliser. Dans un tel contexte, il risque de subir des pertes en revenus fiscaux et en recettes de redevances, ce qui influencera les budgets, ainsi que des baisses des investissements dans le secteur pétrolier, ce qui aura des répercussions sur l’emploi et augmentera le risque associé aux investissements publics dans les actifs pétroliers. De même,les gouvernements auraient tout intérêt à se prémunir adéquatement en vue de la mise hors service et de l’assainissement des sites d’extraction et des infrastructures dans l’éventualité où des entreprises décidaient de se retirer du secteur en raison de la faible rentabilité.

Préparation en vue de la transition (future) vers une économie faible en carbone

Les produits et les services canadiens,y compris les ressources énergétiques primaires et naturelles, pourraient se heurter à des restrictions commerciales ou autres obstacles en Asie en raison de leur teneur en carbone. Si le panier énergétique de l’Asie opère un virage vers des sources à faibles émissions de carbone, les gouvernements pourraient ériger des barrières pour protéger leurs marchés contre les importations de produits à fortes émissions de carbone. Ils pourraient aussi opter pour une solution de rechange ou complémentaire consistant à contester les mesures commerciales ou non commerciales qui, à leurs yeux, visent à protéger les secteurs à fortes émissions de carbone des économies développées. Des mesures non commerciales pourraient également être mises en place, qui pourraient par exemple obliger les exportateurs canadiens à divulguer des renseignements sur les émissions ou l’empreinte carbone pour garder leur accès aux marchés asiatiques. Les interventions intergouvernementales pourraient s’avérer inutiles si les consommateurs individuels ou les entreprises utilisent l’empreinte carbone comme critère de choix entre différents fournisseurs tout au long de la chaîne de valeur, et non comme fondement de mesures gouvernementales de restriction du commerce. Les pays ou les blocs commerciaux asiatiques pourraient chercher à tirer un avantage concurrentiel ou économique de l’empreinte carbone comme moyen de discrimination positive au profit de leurs exportations, ou pour exclure les importations provenant d’économies utilisant plus d’énergies à empreinte carbone élevée. Si la nouvelle classe moyenne asiatique insiste fortement pour qu’on lui divulgue le contenu en carbone, ce qui pourrait devenir une condition indispensable à toute opération commerciale en Asie et les méthodes asiatiques de calcul du contenu en carbone pourraient s’ériger en normes mondiales.

Préparation en vue de la montée des institutions asiatiques

Il reste peu de temps au Canada pour influencer l’établissement d’une architecture régionale avant que l’Asie commence à bousculer les normes et les pratiques mondiales. Le Canada est déjà exclu de certains accords signés en Asie – dont le projet de Partenariat économique intégral régional. De plus, à défaut d’un cadre multilatéral qui orienterait les négociations commerciales en Asie, le Canada pourrait se voir confiner à un environnement dominé par le modèle de la gestion « en étoile », dans lequel les gros joueurs comme la Chine et les États-Unis déterminent le ton et la portée des négociations collectives. S’il ne parvient pas à étendre son ascendance dans la région, le Canada risque de se voir devancé par d’autres nations moyennes. Le Canada a la possibilité de tirer profit de ses capacités spécifiques dans des domaines comme la gestion des ressources, les services financiers,la gouvernance, la protection de l’environnement et la résilience de la chaîne d’approvisionnement pour étendre son influence et protéger ses intérêts en Asie. En devenant un chef de file des questions complexes de gouvernance comme l’établissement de droits et des garanties pour les travailleurs virtuels, le Canada augmentera ses chances d’accès à l’infrastructure institutionnelle émergente en Asie.

Vidéo à l’appui

Center for Strategic and International Studies : Study of South Korea as a Global Power(link is external) (5 min 04)

Refonte des politiques sur la sécurité en fonction de la nouvelle génération de menaces

Leur capacité d’augmenter la puissance destructrice de joueurs indépendants ou non étatiques fait en sorte que les nouvelles technologies peuvent changer la nature de l’armement et de l’insécurité en Asie et ailleurs, et forcer le Canada à repenser ses stratégies et ses politiques de défense, d’attaque et de dissuasion. L’étendue et la portée des nouvelles technologies perturbatrices (génie biologique, nanotechnologies, biologie synthétique, robotique, armes antisatellite et spatiales, plateformes numériques) risquent de compromettre considérablement la protection que pourront offrir les plateformes d’armes et les stratégies de défense traditionnelles aux intérêts nationaux et économiques du Canada. Le renforcement de la capacité de cyberdéfense, notamment, pourrait requérir une souplesse accrue permettant de détecter les violations de la sécurité numérique et les sources des attaques, de limiter les dommages et de préparer une frappe de représailles proportionnelle. De plus, les partenariats du Canada en matière de défense pourraient devoir intégrer plus efficacement les moyens de défense numérique dans les structures et les énoncés des alliances. La diffusion des capacités numériques défensives et offensives pourrait aussi contribuer à décourager les cyberagressions. Le cyberespionnage risque de générer des tensions grandissantes entre pays rivaux, au détriment de la collaboration entre les États-Unis, la Chine, l’Inde et d’autres grandes puissances, essentielle pour assurer la viabilité, la croissance et la stabilité de l’économie numérique mondiale. Au-delà du cyberespace, l’autodéfense préventive exigera de tenir compte de la nature perturbatrice des technologies de prochaine génération dans les stratégies de lutte aux menaces nouvelles et anticipées qui pèsent sur les actifs nationaux essentiels. Le Canada n’aura sans doute pas le choix de revoir l’efficacité des structures organisationnelles mises en place avant l’ère numérique.

Vidéos à l’appui

Nouvelles approches stratégiques concernant les états fragiles et en déroute

Étant donnés les défis que représente la promotion de la paix et du développement dans les États fragiles,de nouvelles approches peuvent s’avérer nécessaires. Les problèmes des États fragiles sont extrêmement complexes et coûteux. Dans ce contexte, le développement constitue un processus par étapes visant à garantir la sécurité tout en appuyant le développement institutionnel et de la société civile et en encourageant l’activité économique. Un récent rapport(link is external) du Comité d’aide au développement de l’OCDE sur les États fragiles souligne les liens étroits entre la pauvreté et la fragilité. L’un des défis les plus importants de l’établissement de la stabilité à long terme est d’aider les plus pauvres à mettre en place une activité économique viable au milieu du chaos. Les technologies émergentes à faible coût pourraient changer la donne quant à l’élaboration de stratégies à l’échelle locale visant à fournir l’énergie, l’éducation, la santé, et à mettre en place un accès direct à l’économie numérique émergente. La « nouvelle route de la soie » chinoise et d’autres projets d’infrastructure continentaux peuvent offrir davantage de possibilités permettant d’intégrer l’économie régionale. La question sera de savoir selon quelles conditions et à quel prix les États fragiles accepteront de s’intégrer. Dans l’ensemble, l’utilisation de nouveaux outils et le développement de stratégies sont nécessaires et possibles afin de collaborer avec les citoyens des États fragiles et en déroute, en vue de les aider à régler des problèmes écrasants plus efficacement. Le Canada pourrait participer de manière utile pour régler ce problème, tout en renforçant les compétences et l’expertise pertinentes, en faisant la promotion du développement économique et des services à faible coût au pays.

Adaptation à l’autoritarisme flexible

La capacité numérique évoluée facilite l’écoute, l’analyse et le suivi des demandes du public, et fait en sorte que des gouvernements hautement centralisés et à parti unique pourraient se révéler des modèles de croissance et de stabilité viables. L’analyse des données et l’intelligence artificielle permettront aux États d’évaluer les préoccupations des citoyens sans avoir à les consulter directement, et elles pourraient contribuer à réduire la corruption et à rehausser la transparence. Dans la foulée d’événements récents, la censure124 et la surveillance(link is external),125 du Web sont utilisées tant par les démocraties que par les régimes autoritaires, ce qui a légitimé ces stratégies. On peut penser cependant que certains États autoritaires seront mieux préparés à tirer profit de ces nouveaux outils. Les débats et les impasses entourant certains choix politiques complexes risquent de paralyser les systèmes démocratiques tout en soulignant la souplesse d’autres modèles. L’idéal de la démocratie comme formule suprême de gouvernance risque de perdre de son prestige. Il ne serait pas étonnant que des États autoritaires se lèvent dans les tribunes internationales pour faire valoir des solutions plus rationnelles et clairvoyantes que les solutions inefficaces ou malavisées proposées par les démocraties. La légitimité et l’efficacité perçues des régimes autoritaires adaptatifs pourraient obliger le Canada à revoir une partie de ses stratégies et de ses partenariats.

S’inspirer des nouveaux modèles stratégiques de l’Asie et les adapter

Les politiques sociales novatrices de l’Asie pourraient s’ériger comme modèles phares à imiter, et pourraient même inspirer de nouvelles normes internationales. La réglementation que vient d’adopter l’Inde en matière de propriété intellectuelle assure l’équilibre entre les demandes des sociétés pharmaceutiques et les besoins des populations démunies en matière de santé publique126. D’autres pays en développement envisagent une réglementation similaire. Il est probable que des normes émanant de l’Asie s’inscrivent à l’encontre des valeurs canadiennes. Alors que les Occidentaux critiquent aujourd’hui l’ingérence des « nounoucraties », les gouvernements asiatiques abordent souvent les problèmes politiques d’un point de vue très différent en ce qui concerne la préséance des intérêts collectifs sur les intérêts individuels. Les solutions proposées par l’Orient pourraient ainsi gagner en influence. Si le Canada est un our confronté à des défis analogues à ceux qui pèsent sur l’Asie, les électeurs pourraient s’avérer réceptifs à des politiques sociales jugées auparavant contraires aux valeurs canadiennes. Les entreprises canadiennes pourraient tabler sur ces possibilités en contribuant activement à infléchir les changements qui s’opèrent en Asie et qui se répercuteront un jour sur la société canadienne.

Acceptation du nouveau sentiment de confiance de l’asie et de son influence croissante

L’essor de l’Asie pourrait changer profondément la façon dont elle se perçoit et dont elle est perçue dans le reste du monde. Cette nouvelle confiance pourrait avoir de multiples incidences sur les choix et les comportements valorisés en Asie, allant des matières que les parents asiatiques veulent que leurs enfants étudient aux choix des produits de consommation, en passant par la façon dont l’Asie se projette sur la scène mondiale. Son influence accrue pourrait aussi l’amener à repenser la réussite selon ses propres valeurs, ainsi qu’à redécouvrir et à exporter les pratiques et la culture asiatiques en vue de façonner les normes et les valeurs mondiales127. Moins d’Asiatiques de talent pourraient choisir de vivre au Canada et davantage pourraient repartir vers l’Asie qui, en occupant une position centrale, pourrait exercer un attrait sur de nombreuses personnes nées au Canada. Nous pourrions assister à l’émergence de nouvelles définitions de la durabilité, des normes du travail ou des droits de la personne qui favoriseront les pays et les économies asiatiques ou qui seront plus conformes à leurs préférences et à leurs valeurs.

Vidéo à l’appui

Big Think : Kishore Mahbubani : Is the West Afraid of a Rising Asia?(link is external) (4 min 09)

Notes

117 The Economist. 2015. There’s an app for that: Freelance workers available at a moment’s notice will reshape the nature of companies and the structure of careers, 3 janvier. http://www.economist.com/news/briefing/21637355-freelance-workers-available-moments-notice-will-reshape-naturecompanies-and(link is external)

118 Mark Graham. 2014. « Investigating virtual production networks in Sub-Saharan Africa and Southeast Asia », Oxford Internet Institute, The Policy and Internet Blog, 3 novembre. http://blogs.oii.ox.ac.uk/policy/investigating-virtual-production-networks-in-sub-saharan-africa-southeast-asia/(link is external)

Oxford Internet Institute. 2015. « Microwork and Virtual Production Networks in Sub-Saharan Africa and Southeast Asia ». http://www.oii.ox.ac.uk/research/projects/?id=119(link is external)

119 J. Manyika, et coll. 2014. Global flows in a digital age, McKinsey Global Institute, avril. http://www.mckinsey.com/insights/globalization/global_flows_in_a_digital_age(link is external)

120 Y. Chen, et coll. 2015. China’s rising Internet wave: Wired companies, McKinsey & Company, janvier. http://www.mckinsey.com/insights/high_tech_telecoms_internet/chinas_rising_internet_wave_wired_companies(link is external)

121 EBay. 2013. Commerce 3.0 for Development: The promise of the Global Empowerment Network. http://www.ebaymainstreet.com/news-events/commerce-30-development-promise-global-empowerment-network(link is external)

122 D. Goldfarb. 2011. Canada’s Trade in a Digital World, Conference Board of Canada, avril. http://www.conferenceboard.ca/reports/briefings/tradingdigitally/default.aspx?pf=true(link is external)

123 Agence internationale de l’énergie. 2014. World Energy Outlook 2014, p. 95. La croissance nette de la demande de pétrole est entièrement attribuable aux pays non membres de l’OCDE : pour chaque baril en moins dans la demande des pays de l’OCDE, le monde en développement en ajoute deux à sa consommation. L’Inde et le Nigeria arrivent au premier rang de la croissance de la demande de pétrole. La Chine sera la plus grande consommatrice de pétrole au début des années 2030. Cependant, l’efficience accrue et le ralentissement de la croissance de l’activité industrielle et de la demande en matière de mobilité (en raison de la stabilisation de la population dans les années 2030) stopperont la croissance de la demande chinoise de pétrole d’ici à 2040.

124 L. Laurie. 2014. « David Cameron’s internet porn filter is the start of censorship creep », The Guardian, 2 mars 2015. http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/jan/03/david-cameron-internet-porn-filter-censorship-creep(link is external)

125 E. MacAskill. 2013. « NSA Files: Decoded », The Guardian, 2 mars 2015. http://www.theguardian.com/world/interactive/2013/nov/01/snowden-nsa-files-surveillance-revelations-decoded#section/1(link is external)

126 K. Singh. 2012. « More nations adopting Indian intellectual property regulations for drug manufacturing », The Economic Times, 22 juin. http://articles.economictimes.indiatimes.com/2012-06-22/news/32368898_1_compulsory-licence-intellectual-property-shamnad-basheer(link is external)

127 David Friesen. 2013. « Traditional Chinese Medicine: Business Blockbuster or False Fad? », CKGSB Knowledge, 8 janvier. http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2013/01/08/china/traditional-chinese-medicine-business-blockbuster-or-false-fad/

Mots-clés :
Policy Horizons | Horizons de politiques

Horizons de politiques Canada, également connu sous le nom de Horizons de politiques, est une organisation au sein de la fonction publique fédérale qui mène des activités de prospectives stratégiques sur des enjeux transectoriels qui informent les fonctionnaires sur les conséquences des politiques publiques possibles au cours des 10 à 15 prochaines années.

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