La superdiversité au Canada

Auteur (s): 

Nicola Gaye, Horizons de politiques Canada

Type de document: 

Aperçu de politiques

Date de publication: 

2011-06

Numéro ISBN: 

PH4-89/2011F-PDF
978-1-100-97597-9

Média substitut: 

NOTE: Hyperliens

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Je m’appelle Sophie et je suis canadienne

Que cela veut-il dire, au juste? Selon le recensement de la population canadienne, cela signifie que je suis Canadienne de troisième génération du côté de ma mère, et Canadienne de deuxième génération du côté de mon père. Mes grands-parents maternels sont Canadiens et Britanniques. Mes grands-parents paternels sont Sénégalais. Mes tantes et mes oncles sont originaires du Canada, de la Thaïlande, du Sénégal et de la Côte-d’Ivoire. Je suis musulmane de naissance ainsi que mon père, alors que ma mère est catholique. Notre famille célèbre l’Aïd El-Fitr et l’Eid Al-Adha, de même que Noël et Pâques. Je possède plusieurs nationalités : britannique, canadienne et sénégalaise. J’ai fréquenté l’école primaire et secondaire en français, pour ensuite suivre des cours à l’université en anglais et en français. À la maison, je parlais l’anglais avec ma mère et le français avec mon père. Je ne me souviens plus quelle langue j’ai apprise en premier.... j’imagine que les deux sont venues en même temps. Dans ma jeunesse, je passais mes étés entre la Colombie-Britannique, l’Ontario et le Sénégal. À l’heure actuelle, en 2026, je vis entre Abbotsford et Dubaï, tout en travaillant pour trois sociétés distinctes établies à Hong Kong, en Afrique du Sud et au Guatemala. Les impôts que je paye varient en fonction de la durée de séjour dans chacune de mes résidences. Je paye parfois quatre mois d’impôt pour le Canada et huit mois aux Émirats arabes unis, alors que d’autres années, je paye plus d’impôt au Canada si je suis restée plus longtemps dans ma résidence d’Abbotsford.

Bien que la superdiversité de Sophie ne soit pas encore représentative de la majorité des Canadiens, la diversité augmente au Canada en raison des tendances de l’immigration au fil des décennies et de l’accroissement des unions interculturelles. En effet, les unions mixtes au Canada ont augmenté de 33 % entre 2001 et 2006, comparativement à un accroissement de 6 % pour l’ensemble des couples. Selon les projections de Statistique Canada, d’ici à 2031, entre 29 % et 32 % des Canadiens pourraient appartenir à un groupe de minorité visible, 14 % auraient une religion autre que le christianisme et presque 30 % auraient une langue maternelle distincte de l’anglais et du français. Cette diversité récente se superpose à la charte historique des peuples du Canada constitués des Autochtones, des Anglais et des Français. La diversité du Canada se concentre en majorité dans les grandes agglomérations urbaines.

En 2006, Toronto et Vancouver avaient des pourcentages de population d’origine étrangère plus élevés par rapport aux grandes villes d’Australie et des États-Unis. En 2006, 45,7 % de la population de Toronto, 39,6 % de celle de Vancouver et 20,6 % de celle de Montréal était née à l’étranger, comparativement à 31,7 % à Sydney (Australie) et à 36,5 % à Miami en Floride. D’ici 2031, on prévoit que les minorités visibles représenteront 60 % des populations de Toronto et de Vancouver, et 31 % de la population de Montréal. Même si l’immigration au Canada prenait fin complètement aujourd’hui, ce pays resterait toujours diversifié (multiculturel). Il n’y a pas que des immigrants qui élisent domicile au Canada, les Canadiens eux aussi s’installent à l’étranger. À ce jour, la Fondation Asie Pacifique du Canada estime que 2,8 millions de personnes titulaires d’un passeport canadien vivent à l’étranger, dont presque la moitié aux États-Unis et plus de 300 000 à Hong-Kong.

Alors que la mobilité des personnes s’accroît à l’échelle mondiale et que les gens deviennent des itinérants transculturels, comment la société et ses institutions peuvent-elles obtenir la coopération des Canadiens? Quelles sont les perspectives offertes par les membres de la diaspora canadienne?

Étant donné l’accroissement de la diversité canadienne, est-ce que nos structures et valeurs traditionnelles continueront de représenter une population en évolution? Que signifiera la notion de nationalité canadienne?

Le Canada montrera-t-il la voie à suivre pour régulariser les citoyens du monde?

Références

Banting, Keith et al. Belonging? Diversity, Recognition and Shared Citizenship in Canada, publié sous la direction de Keith Banting, Thomas J. Courchene et de F. Leslie Seidle, Montréal, Institut de recherche en politiques publiques, 2007.

Milan, Anne, H. Maheux, T. Chui. « Un portrait des couples en union mixte », Tendances sociales canadiennes, no. 89, catalogue no. 11-008-X (2010).

Oreopoulos, P. « Why Do Skilled Immigrants Struggle in the Labour Market: a filed experiment with six thousand resumes », Metropolis BC Working Paper, no. 9-3 (2009). (en anglais seulement)

Preston, Valarie et L. Lo (2010). « Enclaves ethniques dans les villes multiculturelles : nouvelles tendances en commerce de détail et nouveaux défis de planification », Plan Canada (2010),  p.72-74.

Statistique Canada. « Projections de la diversité de la population canadienne, 2006 à 2031 », catalogue no. 91-551-X (2010).

Zhang, Kenny. La province secrète du Canada : Les 2.8 millions de Canadiens vivant à l’étranger, Fondation Asie Pacifique du Canada, 2010.