Qu'est-ce que le « bien-être » ?

Auteur (s): 

David Hay
Horizons de politiques Canada

Type de document: 

Insight

Date de publication: 

2011-09

Numéro ISBN: 

PH4-103/2011F-PDF
978-1-100-97274-9

Média substitut: 

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Ce qui semble être une interrogation toute simple est en fait une question à laquelle il est difficile de répondre, du moins avec simplicité. Bien-être est un terme qu'on utilise à toutes les sauces. L'usage courant laisse entendre que lorsque les gens parlent de leur bien-être, ils renvoient à leur état de santé et leur qualité de vie en général. Cette notion est distincte du niveau de vie d'une personne, qui est généralement déterminé par la richesse matérielle. Un examen des définitions du bien-être révèle ce qui suit :

  • Le bien-être correspond à « ce qui est en fin de compte favorable à une personne » (Stanford Encyclopedia of Philosophy) et à « une condition de vie avantageuse ou satisfaisante; un état caractérisé par la santé, le bonheur et la prospérité; le bien-être » (Dictionary.com).
  • Mais ce n'est pas qu'un état; c'est également un « parcours orienté sur la voie menant à une meilleure santé émotionnelle et physique » (The Road to Well-Being).
  • Certains poussent l'analyse encore plus loin et mettent en lumière la distinction entre les compréhensions objective et subjective du bien-être, en précisant que le bien-être subjectif peut être qualifié de « bonheur » et que « le bien-être est toujours en progression et pas un endroit à atteindre et à conserver pour de bon » (Institute of Subjective Well-Being).
  • Ressources humaines et Développement des compétences Canada (RHDCC) définit implicitement le bien-être comme un ensemble de dix aspects ou domaines : l'apprentissage, le travail, le logement, la vie familiale, la participation sociale, les loisirs, la santé, la sécurité, l'environnement et la sécurité financière.
  • D'autres définissent simplement le bien-être au moyen de la mesure et de la présentation ultérieure de données sur divers indicateurs de cet état. Des exemples comprennent l'Indice canadien du mieux-être et Wellbeing Toronto

Ces définitions mettent en lumière le fait que le bien-être est « mieux compris comme un phénomène à facettes multiples »1 qu'on peut à la fois définir de manière objective (c.-à-d. grâce à une liste de divers domaines, habituellement créée par des « experts ») et définir de manière subjective (c.-à-d. individuellement et personnellement, à titre d'état actuel de bonheur). La Commission sur la Mesure de la Performance Économique et du Progrès Social de France, dirigée par Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi, précise huit dimensions déterminantes du bien-être :

  • les niveaux de vie matériels (revenu, consommation et richesse);
  • la santé;
  • l'éducation;
  • les activités personnelles, dont le travail;
  • la voix politique et la gouvernance;
  • les connexions et les relations sociales;
  • les conditions environnementales (actuelles et éventuelles);
  • l'insécurité, de nature économique aussi bien que physique

Cependant, définir le bien-être par une liste de domaines ou des indicateurs ou un « indice » du phénomène ne nous permet pas de comprendre ce que le terme « bien-être » signifie réellement. Avant de commencer à créer et à adopter de vastes mesures du terme bien-être, il faut créer et accepter une définition « à échelons multiples » de la notion (c.-à-d. normes, valeurs, concepts et mesures).

Il existe très peu de ce genre de travaux dans la documentation sur le bien-être. Un exemple provient d'un groupe de chercheurs canadiens qui ont créé un cadre théorique du bien-être il y a près de vingt ans de cela. 2 Ceux-ci ont défini la notion de bien-être comme étant « la poursuite et la satisfaction des aspirations personnelles et l'acquisition et l'exercice de capacités humaines, dans un contexte de reconnaissance mutuelle, d'égalité et d'interdépendance ».

Les auteurs ont poussé plus loin la définition du bien-être par une discussion de trois « éléments » essentiellement normatifs :

  • l'autodétermination;
  • la reconnaissance mutuelle et l'interdépendance;
  • l'égalité des résultats

Trois « facteurs contributifs » complètent le cadre :

  • la sécurité (physique, émotionnelle, matérielle);
  • la citoyenneté (droits et responsabilités); et
  • la démocratisation (participation)

Les auteurs précisent aussi nettement que le bien-être est un état idéal qui est une vision « de l'endroit vers lequel nous nous dirigeons et de ce que nous souhaitons atteindre ». Ils allèguent que, même si le cadre théorique représente une synthèse et une réflexion sur « les valeurs canadiennes couramment acceptées », il n'est pas un énoncé définitif de ce qu'est le bien-être et de la manière de l'atteindre. Il est plutôt le point de départ d'une discussion qui doit faire ses preuves par la pratique. Le point qu'on fait valoir est bien résumé dans l'énoncé suivant : « c'est seulement au fil d'un processus continu de communication, d'apprentissage et d'intervention qu'on peut espérer atteindre le bien-être ».

C'est là un défi fondamental que d'atteindre le bien-être pour les particuliers, les familles, les collectivités et les pays. Il semblerait que créer et conserver des espaces adéquats, accessibles et légitimes en vue d'un dialogue et d'une intervention portant sur le bien-être sont des démarches que doivent aborder tous les secteurs de la société, surtout les gouvernements.

Vous souhaitez en apprendre davantage sur le sujet? Demeurez à l'affût : Horizons de politiques Canada publiera de courts articles sur ce qui dictera le bien-être du Canada au cours des 10 à 15 prochaines années, à la lumière de consultations interministérielles et d'experts.

Notes

1 M.J.C. Forgeard et coll., 2011, « Doing the Right Thing: Measuring Wellbeing for Public Policy », International Journal of Wellbeing, 1(1) : 79-106.

2 M. Rioux et D.I. Hay (réd.), 1993, Well-Being: A Conceptual Framework, Vancouver : Conseil de planification et de recherche sociales de la Colombie-Britannique; voir également Institut Roeher, 1993, Social Well-Being: A Paradigm for Reform, Toronto : Institut Roeher.