Les nuages de la fonction publique – la voie de l'avenir

Auteur (s): 

Jean-Philippe Veilleux, Horizons de politiques Canada

Type de document: 

Insight

Date de publication: 

2012-06

Numéro ISBN: 

PH4-113/2012F-PDF
978-1-100-99360-7

Média substitut: 

NOTE: Hyperliens

  Tous les liens étaient valides à la date de publication.

De nos jours, nous sommes à la recherche de moyens pour faire plus avec moins, et pour renouveler et motiver la fonction publique. Et si, pour relever le défi, il fallait envoyer la fonction publique fédérale dans les nuages?

Qu'entendons-nous par-là? L'infonuagique est un moyen d'augmenter la capacité ou d'ajouter des possibilités sans injecter de nouveaux fonds ou embaucher du nouveau personnel. Le matériel est partagé et centralisé, réduisant la redondance et augmentant la flexibilité. L'infonuage est accessible par tous et en temps réel sur Internet. Que se passe-t-il quand nous appliquons ce concept aux ressources humaines?

Ce qui suit transporte le lecteur dans la vie d'un fonctionnaire de l'avenir vivant dans le « Fed Cloud », tel que décrit dans le rapport de Deloitte GovLab Fed Cloud: The future of Federal Work.

En bref, « Fed Cloud » signifie :

Ressources partagées : une réserve centrale d'employés est créée, énumérant les intérêts et les compétences de chacun. Chaque gestionnaire peut y accéder et y puiser des ressources au besoin.

Frais réduits : en nuage, la gestion des ressources humaines est centralisée, réduisant la redondance et les coûts.

Dynamiquement modifiable : la flexibilité est très grande avec « Fed Cloud ». Au lieu d'embaucher du nouveau personnel, les ressources peuvent facilement être mutées de projets à faibles besoins à des projets à grands besoins.

Source : Deloitte. 2011. Fed Cloud: The future of federal work. A GovLab idea.


Haut dans le ciel

Je n'ai jamais pensé que j'irais si haut, mais me voici, flottant parmi les nuages, ou plutôt dans le « Fed Cloud ». Il y a quelques années, l'expérience du nuage du gouvernement fédéral a démarré lentement. D'abord les organismes centraux ont alloué du temps aux bénévoles pour travailler sur des projets qui les intéressaient, mais qui n'avaient rien à voir avec leurs responsabilités actuelles. Puis, une plateforme, où les gestionnaires de projet pouvaient afficher leurs besoins, a contribué à la coordination. Enfin, un petit projet pilote s'est amorcé prudemment, et quelques pionniers ont été déracinés de leurs ministères pour se joindre au nuage.

Avec le recul, plusieurs autres mesures auraient pu être prises pour faciliter la transition; telles que disposer d'espaces de travail faciles à accéder pour la collaboration interministérielle, ou encourager la rotation du personnel; mieux préparer les candidats à se joindre au nuage aurait aussi réduit certaines des difficultés du début.

Aujourd'hui, presque tout fonctionne bien et rares sont ceux qui continuent de nier les avantages du nuage fédéral. Bien sûr, il y a encore quelques problèmes en suspens, tels que le défi de constituer une banque de données à jour et complète des employés au sein du nuage, y compris la liste de leurs compétences et de leurs intérêts. Il y a aussi la question délicate de savoir comment les projets sont acceptés. En étant inclusif et transparent envers tous les citoyens du pays, qu'ils agissent seuls ou qu'ils représentent un organisme privé, public ou non gouvernemental, on a reçu un nombre de projets considérable. Les débats se poursuivent pour déterminer quels projets devraient être prioritaires et lesquels devraient être refusés. Un autre aspect difficile du nuage est le système de financement. C'est plus facile maintenant que le Parlement nous a accordé notre propre budget afin que nous puissions payer nous-mêmes ceux qui travaillent dans le nuage. Toutefois, les fonds nécessaires aux projets peuvent provenir du budget du nuage ou d'organismes participants.

À l'heure actuelle, les fonds proviennent la plupart du temps des organismes qui établissent les paramètres du projet, mais à mesure que le nuage croît, son budget va sûrement augmenter.

En tant que gestionnaire de projet du nuage, mon travail peut paraître simple, mais il exige une grande finesse. Hier, assis confortablement sur ma terrasse ensoleillée, j'ai choisi un projet de la réserve centrale sur lequel je veux travailler au cours des deux prochains mois. La partie amusante est qu'en faisant partie du nuage, j'ai une autonomie complète sur la façon d'exécuter le projet. Ce qui est important, c'est que j'obtienne les résultats souhaités. Bien sûr, je vais devoir présenter des résultats à l'équipe ministérielle qui gère le nuage, mais à part les évaluations de rendement, je suis en grande partie libre de la façon dont je souhaite procéder. D'habitude, je donne aussi beaucoup d'autonomie à mes coéquipiers dans l'accomplissent de leurs tâches. J'ai récemment découvert que les gens peuvent faire des choses surprenantes si vous leur donnez des paramètres clairs et si vous leur faites confiance.

Je choisis généralement des projets qui me semblent nouveaux pour deux raisons. D'abord, j'aime acquérir de nouvelles compétences et apprendre de nouvelles choses. Bien que ce ne soit pas un fait indéniable, je crois qu'il y a une certaine vérité à l'adage selon lequel ma génération – celle du millénaire– aime le changement et recherche la variété. Le système en nuage est parfait pour nous, car il nous permet d'établir notre propre cheminement de carrière et de ne jamais cesser d'apprendre. Il y a aussi le système de points d'expérience (XP). Si je gérais le même genre de projets à répétition, il serait plus difficile d'atteindre des niveaux de compétences. Les jours de l'échelle administrative sont révolus, le réseau est désormais le nouveau paradigme et pour « gravir » l'échelle (se déplacer dans tous les sens serait plus exact), vous avez besoin de diversifier vos compétences et vos connaissances.

Ma première tâche aujourd'hui sera d'évaluer le type de compétences que je rechercherai pendant la phase de consolidation de l'équipe. Pour ce projet spécifique, je crois que j'aurai besoin de deux macro-économistes, d'un généraliste avec un bon esprit analytique, de quelqu'un avec de vastes connaissances en matière de santé, d'un rédacteur chevronné et créatif, d'un graphiste, et comme nous aurons probablement besoin d'inclure des partenaires externes, un spécialiste de la collaboration serait utile. Comme nous aurons probablement besoin du rédacteur seulement à une étape plus avancée, nous pourrions retenir ses services plus tard et ne faire appel à lui ou à elle que deux jours par semaine au cours du dernier mois. Quant au spécialiste de la santé, je pensais parler à Roger, mon encyclopédie de la santé « à la retraite », qui vient juste de me dire qu'il serait encore intéressé à participer, à raison d'une journée par semaine, si j'avais un projet intéressant. Ce projet l'est peut-être.

À la fin de la journée, je vais afficher tous les rôles et les compétences dont nous aurons besoin sur la plateforme de concertation. J'aurai peut-être aussi besoin d'avoir accès à la réserve centrale et de faire quelques appels téléphoniques si je trouve de bons jumelages. Mon dernier projet a pris du temps pour former une équipe : ce n'était pas une grande priorité et le nuage est conçu pour transférer des ressources de projets à faibles besoins à des projets à grands besoins. La bonne nouvelle est que, maintenant que j'ai obtenu un niveau avancé de compétence en coordination de projet, je peux choisir les dossiers hautement prioritaires (comme celui-ci), de sorte qu'il sera plus facile de choisir les bonnes personnes.

Je ne peux pas m'empêcher de me demander où ce projet aurait abouti dans le système traditionnel. S'il avait été entrepris par un ministère ayant un mandat unique, les chercheurs auraient-ils accordé la même importance aux liens étroits entre la santé, les aspects environnementaux et industriels du dossier? Dans le monde complexe où nous vivons maintenant, il est logique d'avoir des équipes, possédant une vaste expertise et compétence, en affectation temporaire pour traiter de grands dossiers et ensuite passer à un autre projet, une fois leur tâche terminée.