Les leviers de politiques de l'avenir

Auteur (s): 

Stefanie Bowles, Horizons de politiques Canada

Type de document: 

Insight

Date de publication: 

2012-06

Numéro ISBN: 

PH4-118/2012F-PDF
978-1-100-99414-7

Média substitut: 

NOTE: Hyperliens

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Étant donné que des forces comme l'énergie, la démographie et les changements technologiques convergent pour dessiner la trajectoire de notre économie moderne « mondiolocale », des défis à relever immédiatement en matière d'emploi et de confiance des investisseurs continuent à faire la une des nouvelles et préoccupent les décideurs de tous les types et de toutes les allégeances.

Si nous nous projetons dix ou quinze ans dans l'avenir, en quoi les rôles et les responsabilités des gouvernements, des entreprises, des organisations de la société civile (OSC) et des citoyens changeront-ils alors que les défis à relever se complexifient? Quels leviers de politiques (c'est-à-dire quels moyens et quelles approches utilisés par les acteurs sociétaux pour atteindre leurs buts) conviendront le mieux pour respecter les objectifs de la société et pour réagir aux grands titres des nouvelles de 2025?

Horizons de politiques Canada a posé ces questions fondamentales à plus de 30 experts au Canada et dans le monde dans le cadre de son étude de prospective sur les leviers de politiques de 2012 (à venir). Cinq grands secteurs de changement ayant des répercussions sur les leviers de politiques futurs sont ressortis.

De l'attention

Trouver des moyens et des façons d'attirer l'attention, les gens et les investissements, que vous soyez un gouvernement, une entreprise à but lucratif ou une OSC, deviendra un impératif auquel nous consacrerons tout notre temps. Alors que les gens sont de plus en plus bombardés d'information et qu'ils peuvent faire des choix, tous les acteurs se font concurrence pour obtenir de l'attention envers leur message, et les villes-états s'arrachent férocement les ressources hautement mobiles, humaines et non humaines. Les alliances entre l'État et le secteur privé afin de susciter et de contrôler l'attention varieront considérablement par région (p. ex. les degrés de capitalisme d'État dans les pays du BRICS, les marchés nationaux réglementés en Europe et un modèle de gouvernance nord-américain plus décentralisé). Les tactiques établies pour gagner de l'attention peuvent changer, car les acteurs d'entreprises à but lucratif se servent de moyens habituellement réservés aux organismes sans but lucratif (p. ex. la justice sociale et environnementale) pour faire évoluer la chaîne des valeurs. Les OSC s'intéressent à de nouveaux domaines (p. ex. la consultation, la certification, les ventes) et de nouvelles formes hybrides d'organisations apparaissent (p. ex. les entreprises B1, l'entreprise sociale2).

Contournement de la communication directe

La prolifération de communication en ligne et de médias sociaux favorisera de très forts volumes de communications rapides et directes d'ici 2025, ce qui pourrait changer le rôle des intermédiaires établis. Les hiérarchies de politique dont les fonctions ont évolué plus lentement et moins mondialement (y compris les bureaucraties de la fonction publique, les partis politiques, certaines OSC et les organismes des médias) connaîtront peut-être un bouleversement de leur travail et seront possiblement contournées, car les politiciens et les chefs d'organisations communiquent et collaborent directement avec les personnes. Alors que ce type de communication directe ne se fera vraisemblablement pas en secret, il contourne effectivement les méthodes normalisées et le « traitement spécial » peut connaître de la croissance. Ce volume plus élevé de communication rapide et directe divise aussi l'attention des personnes et des entreprises, ce qui altère les modèles établis de suivi et de responsabilité.

Fonctionnaires sans frontière

Bien que les lois de l'État (du pays) et que l'administration publique ne soient pas disparues, elles ne fonctionnement pas constitutionnellement à l'échelle voulue pour soutenir l'économie mondiale de 2025 sur le plan institutionnel. Les leviers de l'avenir devront exister à l'intersection des espaces consultatifs de gouvernements représentatifs d'une part, et des espaces collaboratifs, co-créateurs et co-consommation/production des réseaux et des chaînes d'approvisionnement d'autre part. Les leviers qui contrôlent la nature répartie et axée sur les réseaux de la prise de décision pourraient bien prédominer en 2025, y compris ceux utilisés par les gouvernement(s). Ici, le citoyen consommateur peut jouer un rôle plus actif dans la prestation des services (p. ex. dans les soins de santé) et dans la création de résultats publics (p. ex. protection des consommateurs et de l'environnement) qu'auparavant quand les gouvernements appliquaient une approche plus descendante. Malgré la progression des réseaux, le maintien d'une infrastructure mondiolocale interopérable, capable de légitimer les transactions et de réduire les risques environnementaux et sociaux, demeure primordial.

La chaîne de valeurs – la main invisible 2.0

Les chaînes d'approvisionnement et les réseaux communautaires pourront de plus en plus s'auto-organiser et prendre en mains les questions réglementaires en 2025. Dans ce monde, les exigences en matière de qualité du fournisseur ou imposées par le détaillant ainsi que celles touchant la sécurité seront souvent plus élevées que celles figurant dans les lois passées par le gouvernement, et elles s'étendront à la durabilité en environnement et à l'équité sociale (p. ex. l'empreinte carbone ou les paramètres du ratio de salaires). Quand il n'est pas possible de s'approvisionner localement, les citoyens consommateurs et les agents d'approvisionnement doivent de plus en plus rechercher une certification ou un étiquetage (visible) de tiers pour obtenir des garanties dans les chaînes d'approvisionnement régies par plusieurs compétences. Bien que les OSC dépendront de plus en plus de la légitimation des transactions en Amérique du Nord et dans le monde pour les multinationales (p. ex. I-SEAL Alliance, GRI), les modèles d'intégration d'États demeurent primordiaux dans les économies émergentes et dans les plus petites entreprises. Malgré les avantages du commerce international, tous les États souverains résisteront vraisemblablement à céder la légitimation aux organismes officiels, mais ils le feront volontairement pour l'Organisation internationale de la normalisation (ISO).

Comportement à numéros

Si l'information représente le pouvoir, d'ici 2025 l'intelligence artificielle en ligne et les révolutions des données ouvertes auront énormément modifié comment et où les acteurs sociétaux utilisent le levier. Des annonceurs, des développeurs et des gouvernements ciblés peuvent exploiter votre historique en ligne pour connaître vos préférences et en tirer parti. Des personnes et des objets en nombre crucial peuvent comporter des capteurs critiques d'intelligence artificielle, ce qui rendra l'information sur le comportement rapidement disponible (p. ex. le nombre de calories dans votre assiette ou la composition moléculaire des eaux usées sanitaires). Des portefeuilles intelligents peuvent vous donner, ou donner à d'autres, une rétroaction instantanée sur chaque transaction. Voilà qui peut augmenter les agences individuelles, mais qui peut aussi entraîner plus de pression de la part des pairs sur le mode de vie intime et diminuer énormément la confidentialité. Vu que certaines données sont ouvertes, la propriété et la responsabilité de celles-ci deviennent partagées et peuvent embrouiller la responsabilisation. On peut aussi prévoir que les données sur l'environnement en temps réel et la réduction des risques sociaux se propageront dans les chaînes d'approvisionnement (p. ex. par I-SEAL ou en utilisant les données d'évaluation du cycle de vie normalisé de l'ISO), ce qui réorientera les leviers pour les acteurs sociétaux.

Le mot de la fin

Dans l'ensemble, les objectifs des acteurs sociétaux et les leviers qu'ils déploient pour les atteindre devraient idéalement correspondre de manière mutuellement reconnaissable et fonctionnellement complémentaire. Il est de plus en plus difficile de délimiter les acteurs sociétaux selon une fonction unique liée à une facette de la motivation humaine (p. ex. profit, charité) ou un niveau (p. ex. local, mondial) et les séparations établies du travail ainsi que les modèles de responsabilisation sont mis à rude épreuve. Alors que nous nous penchons sur les leviers de l'avenir, où concentrerons-nous nos énergies citoyennes et nos identités? Est-ce que de grandes occasions naîtront comme dans l'espace social (1762) ou le consensus de Bretton Woods (1944)? Les fonctions socio-économiques de base comme la création de valeur, la légitimation des transactions et la réduction des risques pour l'environnement continueront d'être essentielles, mais il reste encore à étudier les façons dont les acteurs sociétaux et les leviers qu'ils actionnent correspondent et demeurent.

Notes

1 Les entreprises B certifiées étendent les responsabilités des sociétés et ajoutent la prise en compte des intérêts des employés, des consommateurs, de la collectivité et de l'environnement. Pour ce faire, on doit modifier le statut juridique de l'entreprise et apporter des changements juridiques dans la compétence d'accueil. La création d'entreprises B certifiées a été autorisée par la loi au Maryland, au Vermont, au New Jersey et à Hawaii. B Lab, un organisme sans but lucratif, certifie les entreprises B, de la même manière que TransFair certifie le café équitable ou qu'USGBC certifie les édifices LEED. Dans certaines compétences, ces entreprises jouissent d'une situation fiscale préférentielle (p. ex. à Philadelphie), et elles ont aussi été appuyées par le gouvernement fédéral américain dans des contextes de développement international/post-crise (p. ex. à Haiti) dans le but de faire progresser simultanément plusieurs objectifs sociaux.

2 Pour obtenir plus de renseignements sur les entreprises sociales, faite demande pour : La situation de l'entreprise sociale au Canada. Manwaring, Susan et Andrew Valentine. Horizons de politiques Canada. Février 2011.