L’université en tant qu’agent de changement pour la durabilité

Auter(s): John Robinson Directeur exécutif, UBC Sustainability Initiative Professeur, Institute of Resources, Environment and Sustainability and Department of Geography, l’Université de la Colombie-Britannique, Tom Berkhout Candidat au Ph. D en gestion des ressources et en étude de l’environnement l’Université de la Colombie-Britannique, Ann Campbell Chef de Communications, UBC Sustainability Initiative
Type de document: Aperçu de politiques
Date de publication: Lundi, Août 1, 2011 - 4:00am
INuméro ISBN: PH4-93/2011F-PDF , 978-1-100-97841-3

La durabilité est une priorité croissante pour les universités du monde entier. Bon nombre d’universités se fixent des objectifs et des cibles de durabilité opérationnelle solides, et elles accordent une importance croissante à l’enseignement et à la recherche concernant la durabilité. Malgré tout, très peu d’entre elles se sont engagées, au niveau de la direction, à intégrer la durabilité académique et opérationnelle et à traiter leur campus comme un laboratoire vivant de pratique, de recherche et d’enseignement durables.

L’Université de la Colombie-Britannique (UBC) est une université canadienne qui s’est engagée à relever les défis de la durabilité en adoptant une perspective intégrée et des moyens innovateurs. Dans ce document nous allons examiner comment l’UBC a appliqué ses ressources intellectuelles, financières et physiques pour devenir un agent de changement positif, tant au sein de sa propre institution que dans les différentes communautés dont elle fait partie.

Les tendances du changement et le rôle des agents

Le changement transformationnel se produit dans le cadre des grands systèmes sociotechniques. Ces systèmes représentent des arrangements complexes d’acteurs, d’institutions et de technologies qui sont constitués pour remplir des fonctions sociétales spécifiques telles que le transport, l’agriculture et l’énergie.

Ces dernières années, une théorie appelée la perspective multiniveau (MLP) a été élaborée pour expliquer les tendances historiques des changements transformateurs dans les grands systèmes sociotechniques (Geels et Schot, 2007; Loorbach, 2007). La MLP comporte trois niveaux hiérarchiques : le paysage, le régime, et le créneau.

Le régime sociotechnique est au cœur de la théorie, il représente la façon dominante par laquelle une fonction sociale particulière est fournie. à grande échelle, l’électricité générée à partir d’une centrale hydro-électrique, thermique et nucléaire est un exemple d’un régime dominant d’énergie.

Le paysage se situe au niveau qui est au-dessus du régime. Le paysage représente le vaste éventail des normes sociétales qui forment nos attentes collectives de la définition et de la prestation de chaque fonction sociétale.

Au niveau inférieur du régime se trouve le créneau. Comme le régime, le créneau vise à remplir une fonction particulière de la société, mais le créneau représente une autre façon d’offrir la fonction sociétale au régime actuel. Les réseaux d’énergie thermique (décentralisée, l’énergie est produite et utilisée localement) est un exemple d’un créneau alternatif qui tente de remplir la même fonction sociétale que le régime dominant de l’énergie, mais d’une façon sensiblement différente.

Dans ce système multiniveau, le changement transformationnel est stimulé par des chocs importants au niveau du paysage (par exemple, une alerte environnementale, une technologie perturbatrice, ou l’évolution des valeurs sociales). Ce choc au niveau du paysage déstabilise les attentes sociétales sur la façon qu’un régime doit fournir une fonction sociétale particulière. Ce questionnement du régime amorce une recherche et un débat public sur un moyen plus approprié de remplir la fonction sociétale souhaitée. Les créneaux, qui par leur définition sont des alternatives au statu quo, jouent un rôle actif dans cette recherche et ce débat. C’est souvent à partir des créneaux que les éléments clés du nouveau régime naissent.

Si cela est le modèle général du changement transformateur, comment pouvons-nous l’influencer? En examinant la gestion d’une transition vers la durabilité, Grin (2010) affirme que trois types de mandats doivent exister pour compléter une transition : le mandat de changer les structures (ce que la MLP appelle les régimes), le mandat d’entamer les nouvelles pratiques (ce que la MLP appelle les créneaux), et le mandat de relier les nouvelles pratiques aux structures.

L’université comme agent de changement multiniveau

Les universités sont bien positionnées pour agir dans les trois catégories de mandats de Grin (2010).

Le mandat de changer les structures. En tant que propriétaires et exploitants de leur campus, les universités peuvent entreprendre l’aménagement de leur territoire et elles possèdent souvent leurs propres services publics. Ce qui signifie qu’elles ont un potentiel énorme pour changer leurs structures physiques et leurs institutions par la conception, la construction et l’exploitation de leurs systèmes d’énergie, de distribution d’eau et de manutention des déchets.

La tâche de transformer ces structures vers la durabilité est rendue plus facile par le fait que les universités sont normalement les propriétaires-occupants de ces installations. En vertu de cette relation, ces universités sont engagées dans le fonctionnement à long terme de leurs installations. Ce qui signifie également qu’elles fonctionnent dans un environnement institutionnel beaucoup plus simple que les gouvernements locaux qui exploitent des installations et des systèmes similaires, mais qui desservent un ensemble beaucoup plus disparate d’intérêts et d’utilisateurs.

Le mandat d’instituer des nouvelles pratiques. Les universités ont le mandat d’enseigner et d’entreprendre des recherches et de le faire avec un bassin intégré d’étudiants et de chercheurs. Alors que d’autres grands organismes publics, organismes gouvernementaux ou entreprises publiques peuvent avoir des services consacrés à l’expérimentation et à la recherche, instituer des nouvelles pratiques est une fonction de base des universités.

De plus, parce que de nombreux campus opèrent dans des petits villages ou des villes, ils ont la possibilité d’expérimenter avec la pratique et la durabilité d’une manière intégrée et à une échelle d’intérêt pour les villes et les entreprises du monde entier. Donc, ramener la notion de l’expérimentation au niveau de l’université en tant que laboratoire vivant est une extension de ce que les universités font déjà et au niveau où elles fonctionnent déjà.

Le mandat de relier les nouvelles pratiques aux structures. En tant qu’établissements d’enseignement à but non lucratif, les universités ont le mandat et la responsabilité de contribuer à résoudre des problèmes sociétaux tels que la durabilité. Par ailleurs, on exige de plus en plus que les universités soient plus responsables envers les communautés au sein desquelles elles existent et qu’elles démontrent leurs contributions à d’importants problèmes et enjeux de société (Kelly, 2009).

Il existe donc un impératif à la fois formel et informel pour les universités de relier leur recherche et apprentissages intégrés avec les acteurs qui fonctionnent dans d’autres systèmes sociétaux tels que l’administration municipale, l’énergie, l’agriculture, la gestion de l’eau, le logement et la santé publique. En plus de partager ces éléments plus techniques et institutionnels, les universités, par le truchement de leurs étudiants et de leurs chercheurs, agissent également comme une source essentielle d’expertise existante et émergente dans les systèmes de durabilité communautaire.

Toutefois, le flux des technologies, des institutions et de l’expertise liés à la durabilité n’est pas à sens unique. Tout nouveau changement structurel vers la durabilité initié par une université s’accompagne d’une collaboration avec des experts externes et des représentants du gouvernement  et de l’utilisation des technologies existantes, toutes deux essentiels à sa réussite. Ces interactions constructives créent des occasions de développer et de renforcer les apprentissages, la confiance et le respect mutuels : les pierres angulaires d’un réseau transdisciplinaire de durabilité.

Comment l’UBC saisit l’occasion

Au printemps 2009, l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) a lancé un processus pour créer la Sustainability Academic Strategy (SAS) qui intègre la durabilité opérationnelle et académique à l’Université.

En janvier 2010, au sujet de la SAS, le président de l’UBC, Stephen Toope, a annoncé la création de la UBC Sustainability Initiative (USI). En tant que groupe de gestion stratégique, l’USI intègre la durabilité opérationnelle et académique sur le campus de l’UBC sous deux thèmes transversaux : le campus comme un laboratoire vivant de durabilité et l’université comme un agent de changement dans la communauté.

Ce graphique décrit les deux thèmes transversaux de l’initiative de durabilité de l’Université de la Colombie-Britannique. Détails dans le texte qui suit l'image

Sommaire: Description d’image

Ce graphique décrit les deux thèmes transversaux de l'Initiative de développement durable de l`Université de la Colombie-Britannique: 1) le campus comme un laboratoire vivant de la durabilité, et 2) l'université en tant qu'agent de changement dans la communauté. Ces deux thèmes se trouvent sur un axe du graphique et sur ​​l'autre axe sont trois fonctions de l'université: enseignement / apprentissage, la recherche / Partenariats et Opérations / Administration. Deux doubles flèches verticales identiques connectent chaque axe.

Sur le campus, au niveau du laboratoire vivant, l’UBC fait des changements transformationnels à l’enseignement et à l’apprentissage, à la durabilité de la recherche, des partenariats et des opérations. à titre d’exemple, l’université s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 33 p. 100 des niveaux de 2007 d’ici 2015, de 67 p. 100 d’ici 2020, et de 100 p. 100 d’ici 2050. Entretemps, la surface utile du campus devrait croître de 35 p. 100 d’ici 2030. Pour atteindre ces objectifs, l’UBC développe un système énergétique durable qui va intégrer une efficacité énergétique efficace, un système de chauffage à distance à base d’énergie renouvelable et des technologies renouvelables hors site.

Tous les changements opérationnels nécessaires pour atteindre ces objectifs sont considérés comme des occasions d’enseignement et de recherche. De cette façon, l’UBC agit comme un banc d’essai pour la pratique de la durabilité à un niveau avancé, pour l’enseignement et la recherche. Par exemple, au niveau de l’enseignement, l’UBC prévoit effectuer les changements qui permettront à tous leurs élèves de pouvoir ajouter la durabilité à leur programme d’étude. L’objectif final est que chaque étudiant puisse avoir la possibilité de choisir une mineure en durabilité, peu importe le programme dans lequel il est inscrit.

Au niveau de l’agent de changement, comme entité sociale, l’UBC est déterminée à collaborer avec les divers partenaires des secteurs publics, privés et non gouvernementaux pour aider à mettre en œuvre la durabilité dans leur communauté ainsi que sur le campus. à cet égard, l’UBC a signé des protocoles d’entente (PE) avec BC Hydro et la Ville de Vancouver, et elle est en pourparlers avec plusieurs grandes organisations du secteur privé et des ONG.

Ces PE engagent l’UBC et ses partenaires à déterminer les domaines d’intérêt commun dans la poursuite de la durabilité, et de travailler ensemble pour mettre en œuvre les politiques et les pratiques de durabilité dans les deux juridictions. Par exemple, les protocoles d’entente de BC Hydro et de la Ville de Vancouver déterminent les systèmes énergétiques intégrés comme domaine d’intérêt. Avec BC Hydro, l’UBC élabore un vaste programme d’optimisation continue. Avec la ville, l’UBC offre aux étudiants diplômés de travailler avec les équipes de Greenest City 2020 de la ville, et elle utilisera les déchets de bois qui sont fournis par la ville pour alimenter la nouvelle usine de gazéification de la biomasse de l’université.

Le Centre for Interactive Research in Sustainability

Le nouveau Centre for Interactive Research in Sustainability (CIRS) de l’UBC, actuellement en construction et dont l’ouverture est prévue novembre 2011, résume bien l’approche systémique qu’a adoptée l’UBC à l’égard de la durabilité.

Conçu pour être l’édifice à haut rendement énergétique le plus innovateur en Amérique du Nord, l’édifice du CIRS aura un solde créditeur net pour l’énergie, la qualité de l’eau, le carbone opérationnel et le carbone structural – à une prime de 5 p. 100 des coûts de construction par rapport à la norme pour les édifices du secteur public de la C.-B. L’ajout d’un édifice de 58 000 pieds carrés sur le campus de l’UBC va réduire la consommation d’énergie et les émissions de carbone de l’UBC, il améliorera la qualité de l’eau qui dessert le site, et séquestrera davantage de carbone dans sa structure en bois que ce qui est émis lors de la construction et la démolition de l’édifice.

L’édifice s’alimentera presque entièrement des flux biogéochimiques sur son site : des eaux pluviales récupérées à 100 p. 100; le traitement sur place de tous les déchets liquides; l’utilisation de l’énergie solaire pour toute l’eau chaude et l’électricité de quelques édifices; une utilisation importante de la ventilation naturelle; des systèmes de géo-échange pour les systèmes de refroidissement et de chauffage; la récupération de la chaleur à partir d’un bâtiment voisin, et une structure en bois.

En plus de ses mérites techniques, le CIRS effectuera des recherches de pointe, de la conception en fonction de la durabilité, des produits, des systèmes, et de la prise de décision de trois façons :

  • Tout au long de sa durée de vie, l’édifice sera un « laboratoire vivant », à la fine pointe de la technologie, qui permettra aux chercheurs et aux partenaires de l’industrie de la construction d’entreprendre des recherches et l’évaluation des systèmes de construction durables et les technologies actuelles et futures, y compris l’interface comportementale avec les occupants du bâtiment. Le bâtiment a été conçu de façon modulaire afin que les nouveaux systèmes et technologies puissent être ajoutés de façon « prêt-à-utiliser » au fil du temps.
  • La visualisation avancée, la simulation et les technologies et les processus de mobilisation communautaire appuieront la recherche sur de nouvelles approches pour l’interaction avec les citoyens dans l’exploration de modes de vie viables.
  • Les partenaires des secteurs privés, publics et les ONG se partageront les installations de recherche, en collaboration avec des chercheurs du CIRS pour déterminer les domaines dans lesquels cette région dispose d’un avantage concurrentiel en matière de technologies et de services viables et pour aider à les mettre en œuvre comme un tremplin vers le marché d’exportation.

Conclusion

Les universités sont reconnues depuis longtemps comme des emplacements appropriés pour explorer et fournir des solutions à certains des problèmes les plus complexes de la société. Grâce à la recherche, à l’enseignement, et à l’apprentissage appliqués, les universités contribuent à l’amélioration de la société.

Le concept de laboratoire vivant sur le campus de l’UBC est essentiellement une extension du modèle essayé et testé d’une université. La différence majeure entre le modèle traditionnel et actuel est que plutôt que la recherche, l’enseignement et l’apprentissage appliqué aient lieu au sein de laboratoires distincts qui fonctionnent dans des périmètres disciplinaires bien définis, ils vont maintenant avoir lieu à l’échelle de la communauté, et dans des périmètres académiques traditionnels et transdisciplinaires. Parce que la transition vers la durabilité est un défi profondément intégré au niveau communautaire, il est non seulement approprié, mais indispensable que les universités conçoivent la durabilité de façon intégrée et orientée vers la communauté.

De plus, les universités disposent d’un mandat considérable pour influencer une plus grande transition vers la durabilité, comme en témoigne la Sustainability Academic Strategy de l’UBC et de son Centre for Interactive Research in Sustainability. Les établissements d’enseignement postsecondaire disposent d’un mandat au potentiel énorme – pour évaluer la faisabilité technologique et économique des nouvelles pratiques viables; pour avoir la possibilité d’utiliser de telles pratiques opérationnelles pour éduquer les étudiants dans les dimensions sociales, économiques et environnementales de la conception et des opérations viables, et pour entreprendre des recherches de pointe sur la durabilité.

De plus, avec leur environnement institutionnel de propriétaire unique, les universités disposent de pouvoirs importants pour changer leurs structures. étant donné que de nombreuses universités opèrent à une échelle qui est comparable à une petite ville, ces changements structurels ne sont pas sans conséquence en termes de leurs impacts sociaux et biophysiques.

En dernier lieu, en tirant parti de leur mandat d’adopter des pratiques nouvelles à travers l’enseignement, la recherche et les opérations – et de les appliquer au changement structurel à l’échelle du campus – les universités peuvent devenir des laboratoires vivants de durabilité par des façons qui leur permettent de lier ces pratiques aux communautés dans leur région et dans le monde entier. Cela inclut la possibilité de partenariats importants avec des partenaires privés, du secteur public et des ONG pour examiner comment les innovations de durabilité effectuées dans les universités peuvent être augmentées et soutenues par une politique appropriée, pour répondre aux plus grands besoins de la société.

Références

Geels, Frank. W., et Johan Schot. 2007. «Typology of Sociotechnical Transition Pathways, » Research Policy. No. 36: 399-417.

Grin, John. 2010. «Understanding Transitions from a Governance Perspective, » In Transitions to Sustainable Development: New Directions in the Study of Long Term Transformative Change, publié sous la direction de John Grin, Jan Rotmans et Johan Schot, New York: Routledge. pp 221-319.

Kelly, Michael J. 2009. «Retrofitting the Existing Uk Building Stock», Building Research & Information. No. 37: 196-200.

Loorbach, Derk. 2007. Transition Management: New Mode of Governance for Sustainable Development. Utrecht: International Books.

2016-08-05