Cryptomonnaies : Bitcoins et au-delà

Auter(s): Jean-Philippe Veilleux, Horizons de politiques Canada
Type de document: Aperçu de politiques
Date de publication: Mardi, Octobre 1, 2013 - 4:00am
INuméro ISBN:
Média substitut: 2013-0221-fra.pdf

Dans une de ses études prospectives antérieures, Gouverner par Wiki : rapide, net, et intense Étude prospective sur les médias sociaux  et L'orientation des politiques en terrain mouvant, Horizons a annoncé l'importance d'un nouvel enjeu particulier : les monnaies numériques. Le sujet a été soulevé de nouveau plus récemment par la communauté d’analyse de l’environnement interministérielle d’Horizons de politiques Canada, « Venez veiller avec nous ! », puisque les cryptomonnaies défraient la manchette depuis avril 2013.

Le serveur s’approche et demande dans un ton décontracté :

« Comment voudriez-vous payer, monsieur? Nous acceptons de l’argent comptant, du débit, du crédit et des bitcoins. »

« Bitcoins? », vous demandez.

Si cela paraît surréaliste, détrompez-vous : c’est ce qu’un serveur au bar de la ville de New York, EVR, pourrait vous demander. Mais d’abord, rafraîchissons nos souvenirs sur ce que sont les cryptomonnaies. En règle générale, ce sont des monnaies créées sur Internet, indépendantes de toute entité politique ou de toute banque centrale. Les techniques cryptographiques sont utilisées pour créer et diriger la monnaie et s’assurer que les transactions sont sûres et vraies.

Bitcoin

Quand on pense aux cryptomonnaies, le nom Bitcoin revient à la mémoire. Bitcoin est de loin la monnaie numérique la plus appréciée : dans la matinée du 31 juillet, un simple Bitcoin valait 108 $US. La valeur totale des Bitcoins a atteint un sommet de 2 milliards de dollars le 7 avril 2013.

Il y a deux façons d'acquérir des Bitcoins : on peut les acheter ou on peut prêter la puissance de son ordinateur afin de résoudre des problèmes mathématiques. Le premier utilisateur à résoudre le problème acquiert des pièces nouvellement frappées, qui sont émises à intervalles réguliers. Comme la valeur du Bitcoin augmente, l’extraction de nouveaux Bitcoins est maintenant contrôlée par de grands consortiums - en mobilisant d'énormes quantités de puissance de traitement, ils veulent s'assurer qu'ils sont les premiers à résoudre les problèmes.

Que peut-on faire avec des Bitcoins? De plus en plus de magasins en ligne acceptent la monnaie numérique pour l’achat de produits réels. Par l’entremise de Bitmit - l'équivalent d'eBay - les consommateurs peuvent échanger des produits dans toute monnaie importante, y compris les Bitcoins. Certains magasins « du monde réel » acceptent maintenant des paiements en Bitcoins, tels que le bar de la ville de New York, EVR.

D'autres cryptomonnaies - Litecoin et PPCoin étant les plus prometteuses - essaient de renverser le monopole de Bitcoin en réduisant la durée de confirmation transactionnelle et en améliorant d'autres faiblesses. Le stratège de risque global, Ian Bremmer, prétend que nous serons témoins de la création de nombreuses monnaies virtuelles au cours des prochaines années, et ajoute qu'il « serait très surpris si Bitcoin est toujours utilisé dans 10 ans ».

Défis

La plupart des experts sont d'accord : les cryptomonnaies ne mettront pas en danger les monnaies fiduciaires pour la simple raison que les « gouvernements n’accorderont jamais le statut de monnaie légale à une monnaie privée »1. Autrement dit, du moment que nous payons des taxes, les monnaies fiduciaires ne disparaîtront pas2. Cette réalité nous mène aux États-Unis qui soutiennent l’élaboration de politiques pour ces monnaies privées. Les cryptomonnaies sont non retraçables et anonymes, et facilitent l’évasion fiscale et le blanchiment de l'argent. Pour éviter ces problèmes, le Financial Crimes Enforcement Network, ou FinCen, du département du Trésor américain a demandé que chaque registre d'utilisateurs de Bitcoin au gouvernement fédéral se conforme aux règlements contre le blanchiment de l'argent et déclare les transactions pour qu'elles puissent être taxées comme tout autre échange ou troc. Pour les compagnies telles que Bitcoin, au lieu de se conformer à ces demandes - telles que la vérification des identités des utilisateurs -, il peut s'avérer plus facile d'éviter les États-Unis pour contourner le problème.

Le Canada n’est pas resté inactif non plus : l'Agence du revenu du Canada a déclaré que les utilisateurs de Bitcoin devront payer la taxe sur les transactions en utilisant la monnaie numérique. La question brûlante reste la suivante : comment les gouvernements feront-ils respecter cette exigence et amèneront-ils les utilisateurs à payer des taxes sur chaque transaction? Si la multiplication des monnaies numériques a lieu dans le proche avenir, les gouvernements devront-ils réfléchir de nouveau à la façon de les réglementer, et cela aura-t-il une influence sur la politique monétaire?

Bitcoin peut être seulement une expérience précoce; cependant, à la longue, ces types de monnaies peuvent accaparer une partie importante du commerce électronique. Les cryptomonnaies peuvent favoriser les achats internationaux; un acheteur ne doit pas payer des frais sur une devise pour se procurer des produits et des services d'outre-mer. D'autre part, la haute volatilité s’est avérée être un problème important en ce qui concerne Bitcoin. Une autre préoccupation concerne les pirates informatiques. En effet, les portefeuilles numériques - les sites Web où les monnaies numériques sont échangées - ont été attaqués à plusieurs reprises. En avril dernier, ces piratages ont forcé la fermeture d'un des plus grands échanges de Bitcoin, Bitfloor. Les lancements de la cryptomonnaie devront surmonter un certain nombre d'obstacles s'ils veulent prospérer.

La cryptomonnaie deviendra-t-elle une façon reconnue de payer pour les produits et les services? Est-ce que la concurrence entre les monnaies diminuera ou augmentera la probabilité qu’une cryptomonnaie ou une autre réussisse?

Références

1 The Economist, "Digital currency, A new specie"

2 The New York Times, Paul Krugman, "The Antisocial Network"

2016-08-05